29 juin 2009

RTL prépare l’après-Duroux

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Avec le départ d’Axel Duroux pour TF1, lastation perd  une stratégie claire incarnée par un manager charismatique. A travers la nomination de son successeur, RTL Group doit définir l'évolution du statut de sa filiale radio.


Lundi 15 juin, 19h22, quelques minutes avant que ne débute la cérémonie du Grand Prix des Médias 2009 de CB News, un communiqué de TF1 annonce la nomination au poste de directeur général de la Une d’Axel Duroux, le président du directoire du groupe RTL. Au pavillon Dauphine, où se déroule la soirée, Vincent Parizot, venu chercher le prix de la meilleure émission, et les attachés de presse de la station dissimulent mal leur embarras face à ce départ surprise. Car en effet, personne ni à RTL ni ailleurs ne s’attendait à ce transfert, probablement le plus important du mercato 2009.

Pour TF1, Axel Duroux, ancien dirigeant d’Endemol France, est une jolie prise. La Une, qui souffre notamment de l’usure de ses programmes phares, compte sur cet homme de contenu pour créer les émissions emblématiques de la décennie à venir et relancer la chaîne. Du côté de RTL, on se veut rassurant. En 2009, la radio a conforté son leadership tant au niveau de ses audiences que de ses recettes publicitaires. « Nous somme très sereins. Axel a solidement armé l’entreprise pour l’avenir. Il ne serait jamais parti si la station avait été en danger », explique un porte-parole de la station.

Pourtant, rue Bayard, on accuse le coup de cette nouvelle aussi dure qu’inattendue. « C’était un excellent patron. Un manager intelligent qui a su dès son arrivée donner à la radio un dynamisme et une ligne stratégique bien construite. Il a parfaitement rempli la mission qui lui avait été confiée », analyse un ancien haut dirigeant de la radio luxembourgeoise. En 2005, quand Duroux pend les rênes de RTL, la station a été remise sur les rails par Robin Leproux après l’incident Stéphane Duhamel qui avait tenté d’imposer, aux forceps, un rajeunissement de l’audience. NRJ en avait alors profité pour ravir la place de première radio de France. Axel Duroux doit consolider le bilan de son prédécesseur et accélérer les coups. Il excelle dans l’exercice et muscle la grille en embauchant notamment Christophe Hondelatte pour le matin ou Laurence Ferrari le week-end. Parallèlement à l’antenne, il travaille à la diversification, en lançant une quatrième station (RTL-L’Equipe) et en se plaçant sur le marché des paris en ligne avec la Française des jeux. Mais, en interne, on sait depuis longtemps que les perceptives d’évolution au sein du groupe sont maigres pour ce dirigeant ambitieux. Après avoir repoussé plusieurs fois les avances de TF1, il finit par céder. Il laisse une entreprise solide sans avoir désigné de successeur logique.

Aujourd’hui, RTL Group, la maison mère, s’active pour trouver un remplaçant à Duroux qui a quitté ses fonctions dès le lundi 15, effectuant depuis son domicile ses 3 mois de préavis pour pouvoir rejoindre TF1 mi-septembre. En tant que président du conseil de surveillance de la station, Rémy Sautter a la lourde tache de dénicher le nouvel homme fort de la rue Bayard. Mais l’ombre de Nicolas de Tavernost, le président de M6, l’autre filiale française de RTL Group, plane sur ce choix. « Il est évident que Rémy Sautter ne fera pas l’économie de l’avis de ce grand connaisseur du PAF », explique un expert, rappelant que du fait de l’actionnaire commun les deux hommes se connaissent bien (Tavernost siège au conseil de surveillance de RTL tandis que Rémy Sautter est membre de celui de M6). Du côté de la chaîne qui monte (où Nicolas de Tavernost n’a pas souhaité répondre à nos questions), on imagine mal que le nouveau patron de RTL ne partage pas « la même communauté de pensée » que Tavernost. Tout est dit !

Stratégique, la direction de RTL est un poste qui suscite la convoitise. De nombreuses personnalités ont fait connaitre leur intérêt. Mais les connaisseurs de la maison savent que l’actionnaire aime à privilégier les solutions internes. On pense d’abord à Jean-Michel Kerdraon et à Jacques Esnous, les deux autres membres du directoire qui assurent aujourd’hui l’intérim. Mais ils ne possèdent pas forcément les qualités de gestionnaire, la vision sur les programmes et l’entregent politique pour assumer la fonction à la veille d’une campagne présidentielle. Du coup, c’est un autre nom qui revient régulièrement : celui de Christopher Baldelli. Cet ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé connait bien la télévision. Après avoir été directeur général de France 2, il préside désormais les chaînes thématiques du groupe M6 (Paris Première, Téva, M6 Music…). Un profil idéal que cependant Nicolas de Tavernost n’a pas l’intention de laisser filer, même dans une entreprise cousine.

Mais, en sous-marin, se joue aussi l’influence de Nicolas de Tavernost sur RTL. « Pour garder son indépendance, Axel Duroux s’était opposé aux projets de rapprochement des régies de M6 et IP. L’arrivée de Baldelli pourrait relancer ce projet », analyse un ex-cadre sous couvert d’anonymat. La fusion des deux entreprises parait compliquée puisque RTL Group, qui possède 100% de RTL France, ne détient que 48,55% du groupe M6. Mais le rapprochement des régies serait en revanche pertinent en terme commercial en ces temps de campagnes 360. A travers la succession de Duroux, c’est aussi la stratégie à long terme du groupe que doit trancher l’actionnaire luxembourgeois.

 

Article publié dans le CB News du 29 juin 2009.

02 mars 2009

Guillon/Aphatie : Sous les mots, les chiffres !

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La polémique entre l'humoriste de France Inter et le journaliste politique de RTL masque un duel acharné entre les deux stations.

La semaine dernière, les petites phrases ont fusé et les oreilles ont sifflé. Jean-Michel Aphatie, l'interviewer politique de RTL, et Stéphane Guillon, l'humoriste matinal de France Inter, ont échangé une flopée d'amabilités. Le premier critiquait ouvertement une chronique du second remontant au 17 février et consacrée à Dominique Strauss-Kahn. Guillon avait alors conseillé à toutes les salariées de la station publique de se cacher avant l'arrivée dans les studios du président du FMI, récemment mis en cause dans une affaire d'adultère. Quelques minutes plus tard, DSK s'est ému en direct d'un humour qui est "principalement de la méchanceté".

Un avis partagé par Jean-Michel Aphatie qui, quelques jours après, expliquait sur son blog que "Guillon est tout simplement méchant. Chez lui, les mots sont des balles, il est direct et carré, il veut faire mal, il fait mal, c'est son boulot, c'est son emploi, il le remplit." La réplique ne s'est pas fait attendre. Dès le lendemain, le snipper lui répondait (assez violemment d'ailleurs) à l'antenne : "Il faut comprendre ses aigreurs et ses complexes ! (...) Nous, à France Inter, on ne dézingue jamais RTL. Eddy Merckx ne critiquait pas Poulidor." L'humoriste transformait habilement cette polémique en un duel entre deux concurrents directs.

 

Aphatie a perdu 200 000 auditeurs

Car en effet derrière cette passe d'armes se dissimule une bataille acharnée pour le leadership entre 7h50 et 8h00. Largement en tête ces deux dernières saisons, L'invité de RTL se fait grignoter depuis la rentrée des parts de marché sur ce quart d'heure stratégique (qui devance le pic d'audience de 8h/8h15). Jean-Michel Aphatie a perdu presque 200 000 auditeurs en un an tandis qu'au même moment France Inter et Europe 1 en ont gagné chacune 200 000. Pis, malgré ses 1,766 million d'auditeurs, le quart d'heure politique de la rue Bayard a été devancé lors de la dernière vague par L'humeur de Stéphane Guillon qui compte désormais 1,868 millions de fidèles. L'évolution de l'audience n'arrange certainement pas les affaires d'IP France, la régie de RTL, qui commercialise son spot de 30s entre 7h30 et 8h00 17 300 € brut H.T., contre 15 800 € brut un an plus tôt. La perte d'audience ne justifiant plus frocément la hausse tarifaire (IP justifie cela en raison de l'absence de pub sur France Inter). Bref, la poussée de Guillon énerve non seulement l'interviewer Apathie, mais également l'ensemble de la rue Bayard.

 

Article publié dans le CB N° 1003 (2 mars 2009)