20 juillet 2007
France 2 doit arrêter de diffuser le Tour de France !
Le dopage poursuit son Tour de France. Il a suffit de deux affaires, à deux jours d'intervalles, pour que les rêves d'un Tour plus propre, grâce aux contrôles renforcés, partent en fumée. En réaction à une énième affaire de dopage, la télévision publique allemande a décidé de ne plus diffuser le Tour de France. Et si France Télévisions aussi se rebiffait ?
L'Allemagne s'est offusquée du taux de testostérone élevé de Patrik Sinkewitz. Mercredi 18 juillet, 11 jours après le lancement de la Grande Boucle, ce jeune espoir du cyclisme allemand, a été contrôlé positif à la testostérone. Les chaînes publiques ARD et ZDF ont illico décidé d'arrêter de retransmettre la course. Un geste fort. Rare. Courageux. Salutaire. Mais atténué par les organisateurs. Dès l'annonce de la suspension des diffusions, Amaury Sport Organisation a revendu les droits de retransmissions à la chaîne privée Sat.1, trop contente de diffuser cette épreuve très populaire Outre-Rhin…
Aujourd'hui, l'actuel maillot jaune, Michael Rasmussen, est l'objet de tous les soupçons. La fédération danoise vient de le suspendre de sa sélection nationale en raison "d'interrogation sur son comportement et son attitude", Il serait donc bienvenu qu'à son tour France Télévisions suive l'exemple allemand et renonce à diffuser l'épreuve !
Pour que le cyclisme redevienne un sport et non un concours pharmaceutique, la direction du Tour et les instances internationale doivent absolument revoir en profondeur le calendrier, le fonctionnement et les règles des compétitions. Ni l'affaire Festina ni la mort prématurée de Marco Pantani n'ont provoqué la moindre réflexion sur le préoccupant état de santé de ce sport. Un électrochoc est la seule façon de forcer cette "révolution". Et existe-t-il de meilleur moyen de pression que le porte-monnaie ?
Si France Télévisions suivait les chaînes allemandes, le groupe public provoquerait une déflagration qui rendrait les routes de France impraticables au peloton. Une rébellion de la télé française aurait des conséquences dans le monde entier – le tour est le troisième évènement sportif en terme de médiatisation – et provoquerait, peut-être, un effet boule-de-neige. A l'instar de l'annulation du Festival de Cannes de 1968 qui avait permis de sortir la manifestation de la mainmise du gouvernement tant sur la programmation que sur le palmarès, le Tour 2007 doit être annulé. Pour mieux renaitre, clean.
Bien-sûr, on focalise la question du dopage sur le cyclisme alors que le problème se pose dans tous les sports. Dans l'athlétisme mais également - et on en parle moins - dans le football. Mais, si le cyclisme est nettoyé par la force de la télévision, cela créerait un précédent qui ne resterait pas sans conséquences vis-à-vis des autres disciplines sportives.
Monsieur Patrick de Carolis, je sais que les aficionados du Tour (3.8 millions de télesp, 37,8 % du public, hier, 19 juillet, pour l'étape, sans relief ,Marseille - Montpellier) tirent la part de marché de France 2 vers le haut alors que les audiences de la chaîne sont en berne. Je sais que le public aime le Tour, même médicamenté, et que cette décision serait impopulaire. Je sais, enfin, que les droits du tour seraient probablement repris par un opérateur concurrent. Mais suspendre la diffusion du Tour serait une décision, courageuse, conforme aux valeurs de service public que vous vous félicitez de défendre à longueur d'année ! Votre insoumission aux règles de sport-biz serait une belle démonstration de la spécifié de l'audiovisuel public par rapport au privé. Je vous demande donc solenellement, Monsieur Carolis, de ne pas faire confiance à la direction du Tour pour nettoyer ce sport de tous ses parasites qui le gengrainent. Et de suspendre dès aujourd'hui la diffusion du Tour de France 2007.
A part les coureurs eux-mêmes, la télévision est la seule à pouvoir provoquer un électrochoc dans le Tour. A défaut, c'est un électrocardiogramme plat qui guette l'épreuve, ses coureurs mais aussi ses diffuseurs.
16:25 Publié dans L'info du jour, Opinions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : médias, télévision, tour de france
17 avril 2007
Lettre ouverte à Jean-Marc Morandini
La semaine dernière, vous indiquiez sur votre blog votre intention d’y publier, le 22 avril prochain, bien avant 20 heures les résultats du premier tour de l’élection présidentielle. Je sais bien qu’au dernier moment vous renoncerez à le faire car la loi, et les 75 000 euros qui guettent tout contrevenant, vont avoir raison de votre enthousiasme. Je sais également que votre appel est un bon gros coup de pub. Mais devant l’étroitesse et le populisme de votre raisonnement, devant les tentations d’autres blogueurs (dont Guy Birenbaum), je prends tout de même le temps de vous répondre.
Tout d’abord un détour par le code électoral. Il interdit toute publication de sondage "sortie des urnes" avant la fermeture du dernier bureau de vote en Métropole, soit à 20 heures précises. Les resquilleurs s'exposent à une amende pouvant aller jusqu'à 75 000 euros et, surtout, ils risquent de faire invalider le scrutin. Cette loi tente de préserver la sincérité et la transparence du vote. Car la révélation des résultats avant l'heure peut modifier le comportement des citoyens qui n’ont pas encore voté. Certes, vous n’avez que quelques milliers d’internautes mais vos confrères, une fois que vous aurez délivré les résultats, vous imiteront benoîtement pour grappiller les quelques parts de marché que vous risqueriez de leur faire perdre.
Vous écrivez, pour justifier votre décision, que, lors de la dernière présidentielle, des chaînes de télévision suisses, accessibles sur le câble et le satellite, ont informé dès 19h30 de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour. Vous dites que certains sites étrangers ont diffusé les résultats à partir de 19H30 en 2002. Cependant vous appelez, vous, à les mettre en ligne dès 18 heures ! Pourquoi, déjà, cherchez-vous à tout prix à les devancer de 90 minutes ? Vous savez, bien évidemment, que de nombreux bureaux de vote ferment à 19h00. L'impact est déjà différent entre 18h00 et 19h30.
Ensuite, les Français qui s'informent sur ces canaux restent une infime minorité. Pour en avoir fait l’expérience en 2005, lors du référendum européen, les chiffres ne sont pas si facilement accessibles. Ceux qui les veulent à tout prix avant l’heure, les trouveront toujours. C’était déjà le cas avant la naissance d’Internet, et avant la création de votre site. Tout cela est très anecdotique et sans commune mesure avec l'impact que représenterait une révélation sur le net français des résultats.
Il y a déjà eu des cas de révélations des résultats avant 20 heures à la télévision. "Les Guignols de l’info" l’ont fait avant vous. Dans un but humoristique en 1995, et par colère en 2002. Dans ce dernier cas en rien cela n’était prémédité et calculé. C’est une démarche critiquable mais spontanée. Les Guignols ont voulu exprimer spontanément leur colère. Cela n’a pas été motivé par avance, par calcul pour des raisons d’audiences.
Vous voulez égrainer les "rumeurs" qui courent dans les rédactions dès 18h00. Vous savez que notre métier est de ne diffuser que des informations sûres et vérifiées. Or, les sondages de 18 heures ont une marge d’erreur importante. Si les scores des candidats sont serrés, ce qui est fort probable, ces chiffres ne sont pas fiables. Seuls les derniers sondages, ceux qui tombent vers 19h00, donnent une vision assez fidèle des résultats finaux. Tous ces éléments de bon sens s'opposent à votre décision.
La seule question est de savoir si la publication des résultats peut modifier le comportement de vote des Français qui n'ont pas encore voter ou peut modifier le taux d'abstention. La réponse est évidemment oui. Cet acte aurait des répercutions politiques, sans parler des menaces d'invalidation que ne manqueront pas d'agiter les perdants. La loi est donc logique. Le suffrage n'est universel que si les règles de vote sont les mêmes pour tous. Certes, le million de Français qui vit dans les Dom Tom ou qui est expatrié votera après la publication des résultats. Mais ils en ont l'habitude et leur vote est connu, anticipé et pris en compte dans les sondages sortis des urnes.
La loi protège le droit de vote. Et elle donne au citoyen des droits et des obligations. La seule contrainte est cette attente de résultats. Elle est logique et citoyenne. Votre combat, Camarade Morandini, est donc sans interêt.
Pour finir, je n’ai pas vraiment été convaincu par votre petite tirade-tire-larme qui défend cette pauvre Madame Michu visée devant son téléviseur (et scotchée à Europe 1 de 10h30 à 12h00 bien sûr !) et qui doit attendre 20 heures alors que les riches nantis qui ont accès au "web mondial" savent déjà tout. Je trouve abjecte que, tel un patron voyou défenseur de la délocalisation, vous menaciez de déménager pour échapper à la loi française. Ah, "cher Jean-Marc", quand on vous lit, on est content que Jean-Pierre Pernaut n’écrive pas d’édito !
Cordialement,
Benoît Daragon
PS : Pour toutes ces raisons, vous avez amplement mérité notre Palme du mois !
06:55 Publié dans La Palme du mois, Opinions | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : médias, télévision, internet, présidentielle









