20 février 2009

6 étudiants français nommés aux Oscar !

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Dans la nuit de dimanche à lundi sera décernée la 81e série d'Oscar. Cette année, 8 Français sont nommés. Dans la catégorie meilleur film étranger, bien-sûr, où l'excellent Entre les Murs de Laurent Cantet ne part pas favori face à Valse avec Bachir de l'Israélien Ari Folman malgré sa Palme d'or au dernier festival de Cannes.

Le compositeur Alexandre Desplat est nommé pour la BO de L'Etrange Histoire de Benjamin Button. C'est la deuxième nomination aux Oscar pour cet habitué de Hollywood (il a signé les musiques de The Queen et de la Jeune Fille à la perle). En France, Alexandre Desplat est surtout connu pour ses collaborations avec Jacques Audiard (notamment pour De battre, mon coeur s'est arrêté qui lui a valu un César). La tâche sera dure pour lui aussi puisqu'il doit affronter A.R. Rahman qui a composé l'excellente BO de Slumdog Millionnaire.

La surprise vient du côté des court-métrages. 6 ex-étudiants de l'école d'animation des Gobelins sont nommés pour l'Oscar du meilleur court-métrage d'animation. Pour la petite histoire, Oktapodi est leur projet de fin d'étude. Il s'agit de la course poursuite d'un couple de poulpes qui ne souhaitent pas finir en salade. Ce film, multi-primé dans les festivals, a été réalisé par Julien Bocabeille, François-Xavier Chanioux, Olivier Delabarre, Thierry Marchand, Quentin Marmier et Emud Mokhberi. Oktapodi est visible sur leur site ou ci-dessous.

L'année dernière, en plus de Marion Cotillard et de ses maquilleurs, la France avait gagné une 3e statuette grâce à un court-métrage français. Il s'agissait de Le Mozart des pickpockets de Philippe Pollet-Villard.

 

25 novembre 2008

La déception Lemercier

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Il y a une dizaine de jours, je suis allé au Palace voir le nouveau spectacle de Valérie Lemercier car je gardais un excellent souvenir de son dernier one woman show aux Folies Bergère. C'est donc déjà hilare que je me suis rendu dans l'ex-boite de nuit culte reconvertie en théâtre. Tout d'abord, l'accueil dans la jolie salle est très mauvais. A la longue file d'attente dans le froid nécessaire pour entrer dans le Palace suit une deuxième plus grande encore pour être enfin placé. De plus, depuis les fauteuils du balcon, même au troisième rang en face, on voit mal la scène. Mais bon ce ne sont que des détails...

velerielemercier2.jpgJ’ai trouvé le spectacle assez décevant. Les sketchs sont amusants mais pas hilarants. On sourit plus qu’on ne rigole comme, par exemple, lors du 1er sketch qui se passe dans un aéroport. Il laisse le public perplexe à un moment où il faut insufler le plus de rythme. Autre agacement, les 4 sketchs les plus drôles de la soirée sont des reprises de son dernier one-woman. Valérie Lemercier a également repris de son ancien spectacle les deux fils rouges de la représentation : une femme qui se plaint du bruit de ses voisins et des personnages qui traversent la scène en racontant une gaffe à la manière de Viedemerde.fr. Même réécrits, ils ajoutent un sentiment de déjà vu.

Reste que le jeu de la comédienne est excellent. Elle sait mieux que personne ajouter un réjouissant grain de folie à des personnages hauts en couleur, de tous les âges, toutes les origines et tous les sexes. Dommage donc que le spectacle ne soit pas assez préparé, pas assez écrit ou peut-être tout simplement pas assez rodé.

26 mai 2008

Vous ne voulez pas un peu de Guronzan ?

18936348.jpgDeneuve vs Amalric. C'est le combat qui est au coeur de Un conte de Noël, la nouvelle fable familliale d'Arnaud Desplechin. Si l'affiche est excitante, le résultat est ennuyeux.

Arnaud Desplechin est un metteur en scène de talent. Comme aucun autre réalisateur, il sait dépeindre des personnages atypiques, à la limite de la folie, avec grace et élégance. Dans son Conte de Noël, il propose un portrait acerbe d'une famille qui règle ses comptes. Le marginal Henri (Mathieu Amalric), banni de sa famille suite à divers abus, revient fêter Noël chez les siens, à la demande expresse de sa mère (Catherine Deneuve). Non pas par plaisir mais par besoin vital : elle a besoin d'une greffe de la moele épinière de son fils. Le retour d'Henri le maudit va faire resurgir toutes les lésions enfouies de la famille. Un scénario 100% Desplechin.

Le réalisateur filme les allez-venus de ses personnages comme un balet. Il offre des scènes extrèmement réussies. Comme dans Rois et Reines et La Sentinelle, ses acteurs (tous excellents) virevoltent à l'écran et débitent des dialogues comme de diaboliques joutes verbales. Mais ce travail d'orfèvres est gaché par un rythme pesant. Sans raison particulière, le film dure 2h38. Le récit s'enlise dans des scènes sans queue ni tête. Le spectateur perd vite le fil et se demande où on l'amène et ce que l'on exactement veut lui raconter.

On reprochera aussi un film d'être très parisien. Dur de s'indentifier à ces bourgeois adeptes de psychotropes. D'autant plus dur que ces personnages surexcités sont ternis par le rythme très lent. Dommage que Desplechin ne soit pas un conteur aussi frénétique que ces personnages.

08 octobre 2007

Le Roi Lion fait rugir de plaisir

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Après son triomphe à Broadway, le Roi Lion envahit Paris depuis le 4 octobre. L’univers du film des studios Disney est remarquablement restitué par Julie Taylor. Une comédie musicale très réussie qui plaira aux petits et aux grands.


Tout le monde connaît Le Roi Lion, l’un des meilleurs dessins animés sorti des studios Disney. Les aventures de Simba, le lionceau qui doit affronter son destin pour s’asseoir sur le trône, ont fait le tour du monde. Le spectacle qui vient de débuter au théâtre Mogador à Paris est l’exacte transposition du film sur scène. Séquence après séquence, on retrouve tous les personnages (Mufasa, Scar, Zazu, Timon, Pumba, Nala). À la totalité des chansons du film, composées par Elton John et Tim Rice, viennent s’ajouter des chants typiques écrits par Lebo M, un musicien sud-africain. Ces morceaux, inconnus du grand public, accompagnent parfaitement les grands moments du spectacle, servis par un chœur et un orchestre impeccables. On déplore cependant la nouvelle traduction de la bande originale. Les plus petits regretteront sûrement la disparition de leurs refrains préférés pour des périphrases sans intérêt.

 

Coller au film au plus près est le point fort de la mise en scène de Julie Taylor. Les spectateurs se référant en permanence aux dessins qu’ils ont en tête, elle a stylisé décors et costumes. Pour donner des corps de bêtes à ses chanteurs, le metteur en scène a misé sur les masques. Plus de 200 pièces donnent vie à des lions, des hyènes, des singes ou des gnous. Avec un minimum d’effets, le public plonge dans le monde merveilleux de la savane. Usant d’artifices pour contourner chaque difficulté, Julie Taylor se sert aussi des moyens techniques du théâtre Mogador pour prolonger l’émerveillement. En quelques secondes, un majestueux décor surgit du sol...

 

La production du Roi Lion n’a pas lésiné sur les moyens, allant même jusqu’à rénover du sol au plafond le théâtre Mogador. En revanche, elle a eu du mal à trouver des comédiens à la hauteur de ses ambitions. Le singe Rafiki est le seul personnage qui sorte du lot grâce à la voix magnétique de son interprète, Zama Magudulela.

 

De la grandiose procession qui précède le baptême de Simba - la meilleure scène d’exposition qu’ait connu Broadway – jusqu’à la dernière, la troupe du Roi Lion offre 3 heures d’un spectacle réjouissant qui plaira aux petits et aux grands. La grosse production, très maîtrisée, est une succession de moments de grand art comme lors des délires totalitaires de Scar. Elle laisse tout de même des moments de poésie comme, par exemple, lors du départ de Nala sur Lea Halaléa.

 

Chaque soir, depuis les premières représentations, la salle acclame debout la troupe. Un triomphe mérité pour ce très bon Roi lion qui est le spectacle le plus abouti qui ait été donné à Paris depuis bien longtemps.



Cette critique accompagne un dossier spécial Roi Lion réalisé avec Claire Fenez et Bixente Barnetche. A lire sur isubway.

24 mai 2007

Touchantes "chansons d'amour"

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Hier soir, je suis allé voir "Les Chansons d'amour" de Christophe Honoré et je suis encore sous le charme. Cette comédie musicale parle d'amour, de mort, de deuil avec une infinie légèreté mais surtout beaucoup de profondeur. La bande originale, une pop tantôt sucrée tantôt sombre, contribue largement à cette ambiance générale. Et puis, il y a Louis Garrel bien sûr. Il ne tombe jamais pathétique dans la peau d'Ismaël. Une grande prestation. Bref, un excellent film. A voir. J'espère que dimanche le jury du festival de Cannes n'oubliera pas ce film de son palmarès.

 

 

Voici la bande-annonce et un extrait :

  

 

24 février 2007

Critique : Mika, Life in cartoon motion

6aeb9869440b2d4ae7ac15c373c3d326.jpgIl s’appelle Mika et signe « Life In Cartoon Motion », un excellent premier album aux sonorités ultra-kitchs. Une des bonnes surprises musicales de ce début d’année.

 

Libano-américain et pourtant so british ! Mika est un mélange détonnant de 20 ans de pop anglaise. En lui, il y a beaucoup de Freddie Mercury, pas mal de Robbie Williams, un je-ne-sais-quoi de Georges Michael et des onces d’Elton John et de BeeGees (cherchez l’intrus !). Avec « Life In Cartoon Motion », son premier album, Mika nous ouvre les portes d’un univers musical complètement déjanté et délicieusement kitch.

Hyper rythmés et bourrés d’humour, ses singles, « Relax, Take it easy » et « Grace Kelly » devraient devenir des tubes - cinq jours après sa sortie, « Relax » se place deuxième des ventes sur Internet. Et tout l’album est dans la même lignée. Du sucré « Big Girl » aux totals foutraques « Stuck In The Middle » et « Lollipop », on passe 40 minutes plus jouissive qu’une bouteille de champagne.

 

Plus qu’un disque, une friandise !

Sa voix aigue, totalement assumée, qui se joue des décalages avec les mélodies très rythmées, contribue pour beaucoup à l’humour de l’album. Mais quand il propose une magnifique ballade piano-voix, cette même voix devient déchirante. Depuis la première écoute de « Life In Cartoon Motion », nous sommes complètement dingues de Mika. A vous de vous laisser envahir !

 

+ La vidéo de Grace Kelly, le premier single est à voir sur ce blog.

26 septembre 2006

Un film en guise de réparations

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Comme le dit leur chant, les Indigènes sont venus des colonies pour libérer leur Patrie. La  reconnaissance de cette Patrie s'est arrêtée après la Décolonisation. Dans la lignée des cinéastes engagés, Rachid Bouchareb dénonce l'oubli.

 
Ils étaient 250.000. Venus des colonies d’Afrique du Nord, d’Afrique-Occidentale, d’Afrique-Equatoriale ou de Madagascar pour libérer la France des Nazis. L’Histoire les a quelque peu oubliés ; l’Etat Français a cessé de leur verser leurs pensions d’ancien combattant après l’Indépendance de l’Algérie. C’est cet oubli qu’Indigènes vient réparer.

 

Dans son film, Rachid Bouchareb suit cinq d’entre eux : Abdelkader (Sami Bouajila), Saïd (Jamel Debbouze), Messaoud (Roschdy Zem), Yassir (Samy Naceri) et Martinez (Bernard Blancan). De leurs villages natales où ils s’engagent dans l’armée jusqu’à leur arrivée en Métropole en 1943. Un parcours militaire semé de désillusions. Bouchareb dénonce le "régime de défaveur" de ces "indigènes" tant pendant les combats, dans la vie de tous les jours de l'armée qu’à la Libération.

 
Du cinéma engagé classique

 
Rachid Bouchareb a choisi de faire un film à thèse et l'assume. Non, il n’est pas sur les traces de Kubrick (Les Sentiers de la gloire) ou de Mickael Cimino (Voyage au bout de l’enfer) mais plutôt dans celles, tout aussi respectables, de Bertrand Tavernier. Avec un ton ostensiblement incisif, Bouchareb veut marquer les esprits. Il n'a pour seul but de dénoncer une injustice et le réussit. Et si un débat est ouvert autour d'Indigènes c’est indéniablement dû à ce parti pris de mise en scène. Cinéma militant ? Par certains cotés, oui. Mais le passé colonial de notre beau pays est un sujet tellement sensible que le simple fait de l’évoquer provoque une polémique.

 

Les cinq comédiens ont été justement primés lors du dernier Festival de Cannes. Ils donnent chair à des personnages taillés sur mesure sans qu'aucun ne tire la couverture à lui. Jamel fait du bon Debbouze comme il sait en faire dans ce genre de rôle (comme dans Zonzon de Laurent Bouhnik). Mais on remarque surtout les excellents Sami Bouajila, Roschdy Zem et le trop rare Bernard Blancan. Trois comédiens qui s’imposent comme les meilleurs de leurs générations. Un peu plus en retrait, Sami Nacéri surprendra cependant ceux qui l'avait catalogué au chauffeur de Taxi. Ce quintet de comédiens est l'autre raison d'aller voir Indigènes.

21 août 2006

Un « petit » film qui rêve de devenir grand

medium_4148.jpgPremier film de Mike Mills, "Age difficile obscur" raconte avec tendresse le passage de l'âge enfant à l'âge adulte d'un adolescent américain. Un film américain indépendant et attachant porté par un jeune acteur prometteur.

Justin Cobb ressemble à bon nombre d'ados. Il a 17 ans, est timide, vit ses premières déceptions amoureuses, ses premières cuites, a du mal à communiquer avec ses parents, etc. Mais le truc qui empoisonne la vie de Justin, c'est qu'il suce son pouce ! "Age difficile obscur" raconte l'histoire de ce pouce dont il faut se séparer, métaphore du passage de l'âge enfant à l'âge adulte. On retrouve forcément un peu de nous dans cet adolescent qui craint de quitter son enfance et son insouciance tout en souhaitant son émancipation.

Pour enrichir le scénario, Mike Mills a crée une série de personnages attachants tout aussi paumés que Justin. De sa maman (Tilda Swinton, excellente), à son père (Vincent d'Onofrio) en passant par sa copine (Kelli Garner), son professeur de débats (Vince Vaughn) et son dentiste (Keanu Reeves, dont je me demande encore ce qu'il fait dans ce film). Cette galerie contribue à donner une ambiance au film et à le rythmer (on ne dira jamais assez qu'une heure trente-six est la durée idéale pour un film).

Plein de charme

La réussite d'Age difficile obscur est de retransmettre avec humour et pudeur un univers pas forcément rose dans le fond. Mills filme avec tendresse, sans condescendance, ses personnages, leurs doutes, leurs craintes et leurs failles. Pour son premier film, Mike Mills s'impose comme un cinéaste indépendant à suivre. L'autre qualité du film est son jeune interprète. Loin des prestations hollywoodiennes et loin des critères physiques des comédiens à la mode, Lou Taylor Pucci est étonnant. Jamais il ne faiblit devant ce rôle imposant. Il mérite largement ses deux prix d'interprétation récoltés pour ce film (lors du Festival de Berlin 2005 et du Festival de Sundance 2005). En résumé, Age difficile obscur est un petit film indépendant américain plein de charme. Tout simplement.
 
Critique publiée le 3 septembre, mon dernier papier publié sur le site imédias.biz. 

24 juin 2006

Vol au dessus d’un nid de girouettes

medium_changementdadresse.jpgDans «Changement d'adresse», Emmanuel Mouret met en scène avec finesse quatre personnages perdus entre histoires d'amour bidon et déménagements éclairs. Une comédie très appréciée par la critique. Mais pourquoi tant d'éloges ?

Pour son troisième long-métrage, Emmanuel Mouret propose un portrait croisé de quatre personnages en quête d'affection ... et d'appartement. Il y a David (Emmanuel Mouret), un professeur de cor lunaire, Anne (Frédérique Bel) une «photocopieuse» romantique un peu nympho, Julia (Fanny Valette) une ado paumée et enfin Julien (Dany Brillant) une petite frappe qui joue les tombeurs. Tout commence par l'emménagement en colocation de David chez Anne. Tous les deux sont à la recherche du grand amour : ils veulent s'installer, comme on dit.


Emmanuel Mouret a signé le scénario, a assuré la réalisation et interprète également le rôle principal de «Changement d'adresse». De cette triple casquette sort une comédie qui met en scène des personnages tendres. Ceux-ci sont servis par des comédiens qui jouent juste. La distribution, qui étonne sur le papier, fonctionne. On trouve dans «Changement d'adresse» tous les ingrédients du film d'auteur (humour guindé, rythme chic, charme désuet, ambiance intimiste due notamment aux plans fixes...).

Sceptique

Cependant quelque chose gène dans le ton de «Changement d'adresse». Les personnages sont si naïfs qu'ils apparaissent «neu-neu». On ne peut s'empêcher de sourire mais nous sommes gênés par les rires des autres spectateurs. On n'a pas envie d'être condescendant avec les personnages, mais le regard l'impose. La bienveillance avec laquelle Mouret les filme crée ainsi une distance qui ne permet pas de s'attacher, de se retrouver dans David, Anne ou Julia.


Les critiques sur «Changement d'adresse» sont dithyrambiques. Nous avons quand même du mal à conseiller un film qui, bien que maîtrisé, a un côté intello indéniable...


Les + :
La distribution étonnante
La réalisation

Les – :
Comédie intello

 

Critique publiée le 24 juin 2006 sur le site imédias.biz

22 mai 2006

Une certaine idée de l'engagement politique

Nanni Moretti a fait l'événement avec son «Caïman» sorti quelques jours avant les élections législatives italiennes. On pensait assister à un brûlot anti-Berlusconi, mais subtilement le réalisateur signe un portrait, cruel et percutant, d'un producteur dans l'Italie d'aujourd'hui (d'hier ?), l'Italie des années Berlusconi.

Ceux qui s'attendent à un pamphlet, dans la lignée de ceux de Michael Moore, vont être déçus. En effet, Nanni Morreti, le célèbre réalisateur italien de gauche, ne parle pas directement de Berlusconi dans «Le Caïman». Ce film est avant tout l'histoire de Bruno Bonomo, un bavard producteur en chute libre, qui n'accepte pas de devoir divorcer. Ruiné, il accepte sans enthousiasme de produire «Le Caïman», le premier film de Teresa, une jeune réalisatrice qui souhaite raconter les manoeuvres pour échapper à la justice d'un homme d'affaires devenu président du Conseil.


Moretti fait donc un portrait, à la fois sévère et tendre, du producteur Bruno Bonomo (joué par Silvio Orlando, juste du début à la fin). Paumé, le personnage aditionne les déconvenues financières, fiscales et conjugales. Entre tendresse et sévérité, Moretti le suit se lancer, d'abord sans s'en rendre compte, dans un film politique. On sourit de l'ironie des obstacles qui se dresse devant le projet et du regard cruel porté sur le milieu du cinéma. Mais Bruno Bonomo va se reconstruire dans l'ombre du «Caïman». Alors qu'il prend conscience de la médiocrité du président du Conseil, le personnage va reprendre espoir et sortir de la léthargie dans laquelle il végète depuis le début des années Berlusconi.

L'ombre de Berlusconi

La réussite de Moretti est de partout faire planer l'ombre de Berlusconi. Bien sûr on suit la construction d'un film engagé (qui émet de sérieux doutes quant à l'origine de la fortune de l'homme le plus riche d'Italie) ; bien sûr, il y a quelques images d'archives montrant les tristement célèbres réparties populistes de Silvio Berlusconi ; mais au final Moretti parle surtout du peuple italien qui renaît dans l'espoir de la fin de règne de son dirigeant. On ne peut pas s'empêcher de penser que ce second souffle est aussi celui du cinéaste lui-même (qui interprète «himself» le «Caïman» du film de Teresa dans un final très engagé). Après plusieurs films personnels («La chambre du fils», «Journal intime»), la fin de règne de Berlusconi a poussé Moretti à revenir à un cinéma politique. En pleine campagne électorale, Berlusconi se serait bien passé de ce réveil tardif.


Les + :
Un discours subtile et implacable
De très bons comédiens

Les – :
Des longueurs
Un indéniable côté « intello »

 

Critique publiée le 22 mai 2006 sur le site imédias.biz

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