25 juin 2006

Frédéric Schlesinger : "Une grille renouvelée pour faire repasser France Inter au dessus des 10 points d'audience"

medium_Schlesinger.jpgArrivé en mai à la direction de France Inter pour reprendre en main une station souffrant de sinistrose, Frédéric Schlesinger prépare une grille de rentrée 2006 « renouvelée ». Des changements de taille sont en préparation. Pour les producteurs remerciés, les pilules prescrites par l'ancien patron du Mouv' passent mal. Malgré les grincements de dents, Frédéric Schlesinger assume ses choix. Explications.

imédias : France Inter a vécu une saison difficile. C'est ainsi que vous la diagnostiquez ?
Frédéric Schlesinger : J'ai pris mes fonctions à France Inter en mai. Je suis donc bien mal placé pour juger la saison qui vient de s'écouler. Comme vous le savez les radios généralistes sont en crise. Toutes voient leurs audiences s'éroder année après année. Dans un secteur hyperconcurrentiel, cela devient préoccupant. A France Inter nous allons tout faire pour mettre fin à ces difficultés répétées et renverser le phénomène. Et pour cela il va falloir travailler ensemble.

En terme d'audience, quel est votre objectif ?
Les écarts d'audience entre les stations se resserrent. Si on pouvait repasser au dessus des 10 points dans les 24 prochains mois cela permettrait d'avoir une bonne place dans la bande FM. C'est, me semble-t-il, ce que tout le monde souhaite ici. Mais l'essentiel c'est surtout qu'Inter continue de proposer des programmes plus riches et plus variés que ses concurrents. C'est ce qu'impose notre statut de radio publique !

Et c'est pour cela que vous avez préparé une grille de rupture pour la rentrée 2006 ?
Cela ne sera pas une grille de « rupture » mais de « renouvellement ». Il y aurait rupture si on devenait une multi-thématique. On ne va toucher ni à notre identité ni à nos repères historiques. Il y aura un renouvellement sensible de ce qu'on appelle ici « les producteurs », mais la plupart des voix d'Inter restent. Je me réjouis par exemple du retour à une plus grande exposition de Patricia Martin. C'est une figure importante de la station et je suis content qu'elle prenne les commandes du « 6-7 » à la rentrée. Rebecca Manzoni a souhaité arrêter « Eclectik ». Elle va cependant rester sur France Inter avec une version modifiée d'« Eclectik » de 2 heures le samedi matin...

Votre identité c'est...
Un mélange d'informations, de culture et de divertissement. En divertissement on maintient « Le fou du Roi ». En revanche, nous allons refondre notre offre de programmes culturels. On va lancer deux rendez-vous quotidiens : tous les matins de 9h à 9h30 un magazine culturel sera présenté par Gérard Courchelle et de 16h30 à 18h il y aura « La Bande à Bonnaud », une grande émission chapeautée par Frédéric Bonnaud et inspirée du « Masque et la plume ». Je me réjouis aussi du retour régulier de José Arthur. Tout cela va dans le bon sens. Mais on va aussi créer une émission scientifique - Mathieu Vidard se chargera de ce nouveau rendez-vous en début d'après-midi - et d'une émission sur la consommation de 9h30 à 10h30 prise en charge par Isabelle Giordano et Yves Decaens.

 
Côté info le changement majeur de la rentrée est l'arrivée de Nicolas Demorand au « 7-9 ». Il était en « repérage » cette semaine à France Inter. A-t-il carte blanche pour refondre la matinale ?
Non il n'a pas « carte blanche ». On change l'animateur mais les professionnels qui l'entourent restent les mêmes. Bernard Guetta par exemple aura toujours sa chronique à la rentrée. Cela dit, Nicolas dispose avec Patrice Bertin, le directeur de l'information, d'une grande latitude et d'une autonomie pour s'immiscer dans le « 7-9 ».

Vous avez décidé de rallonger la matinale jusqu'à 9h30. RTL vous a suivi. Est-ce le succès de la matinale de RMC de Jean-Jacques Bourdin qui vous a convaincu de jouer les prolongations ?
Je ne pense pas que la ligne éditoriale de RMC ait quelque chose à voir avec la nôtre. Il est évident que les modes de vie évoluent et que les auditeurs quittent leur domicile plus tard le matin. Du coup, au lieu de diffuser un flash de 3 minutes à 9h00, nous aurons à partir de septembre un journal d'une dizaine de minutes. Nous devons nous adapter.

Vous allez programmer une émission quotidienne de 10H30 à 11 heures, sur la télévision présentée par Colombe Schneck. Il y en déjà a une sur Europe 1 et une autre sur RTL. Jusqu'à présent France Inter avait une émission médias tous les samedis. Votre station ne devrait-elle pas marquer sa différence sur ce sujet ?
Ce ne sera pas une émission sur la « télévision » mais une émission sur les médias, sur TOUS les médias. Et surtout, ce ne sera pas une émission people dans laquelle on fera la promotion du programme du soir et de la dernière série à la mode. Les médias occupent une place importante dans la vie des Français, il est donc important de les décrypter. Cette nouvelle émission permettra d'analyser les médias au quotidien avec des angles intéressants.

« Panique au Mangin Palace », l'excellente émission de Philippe Collin, sera-t-elle de retour en septembre ?

Oui ! C'est un ovni radiophonique qui a tout à fait sa place le dimanche matin. Il est même question que Philippe Collin rejoigne la « La Bande à Bonnaud » dans la semaine pour qu'on puisse davantage profiter de son talent.

Parlons des producteurs. Certains recalés, comme Macha Béranger par exemple, ou déplacés, Frédéric Lodéon ou Daniel Mermet, expriment leur agacement et contestent vos décisions. Comment vivez-vous ces protestations ?
Ecoutez, je les vis sereinement. Concernant Macha Béranger, elle ne sera plus à l'antenne à la rentrée. Cette décision, qui a été pénible à prendre, ne remet pas en cause ses 30 années de bons et loyaux services à France Inter. Elle a fait du bon boulot, il n'y a rien à dire ! Mais se souvient-elle que quand elle est arrivée à l'antenne elle a pris la place de quelqu'un ? La question n'est pas de savoir si c'est justifié d'écarter une animatrice de 65 ans mais de savoir si le programme qui va la remplacer est légitime. Il y a aura une émission présentée par un homme d'une quarantaine d'années. Pendant l'arrivée des soldats américains en Irak, j'écoutais une émission de libre antenne sur Skype. Des Irakiens francophones racontaient leur vision de l'invasion américaine. C'était passionnant et très enrichissant. On va tenter de faire une émission dans cet esprit avec des Francophones du monde entier. J'y crois énormément.

Le problème c'est que Macha Béranger est soutenue par les auditeurs. N'y a-t-il pas un risque de vous couper de votre public ?
Non. Nous sommes plus discrets que Macha mais nous aussi nous avons reçu des messages d'auditeurs qui approuvent notre décision. On ne peut pas plaire à tout le monde comme dit un animateur que j'aime bien.

Vous faites allusion à Marc-Olivier Fogiel. Vous auriez « discuté » de son retour à Inter. Est-ce vrai ?
Oui. C'est un animateur de talent. Il a longtemps travaillé sur notre station. Son retour nous intéresse, forcément ! On a « discuté », rien de plus.

Pour finir, vous dirigiez le Mouv'. Votre successeur a-t-il la possibilité de « renouveler » la grille de la station jeune de Radio France ?
Stéphane Ramzi fait ce qu'il veut. Il n'a pas de consigne particulière. La direction de Radio France laisse aux directeurs des stations du groupe une liberté totale.

 

Interview le 26 juin 2006 dans le 70e Mag' d'imédias.

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