29 mai 2006

Pascale Clark : "Tous ces transferts sont d'une indécence totale!"

medium_Clark_01.JPGOn connaît son timbre inimitable, élevé aux sons des tam-tam. Pascale Clark passe ses avant-soirées sur RTL à faire, défaire et refaire le monde avec une bande de polémistes turbulents et critiques. C’est cette même voix qui guide les invités dans le grand appartement télévisé où elle reçoit le samedi midi pour « En aparté », son émission sur Canal +. Assez rare dans les médias, Pascale Clark a accepté de refaire le monde dans imédias. Mais qui se cache derrière les cordes vocales ? Tentative de réponse…

Imédias : La saison des transferts est très agitée, cela ne vous a pas échappé. Avez-vous signé le renouvellement du bail de votre « En aparté » avec Canal+ ?
Pascale Clark : Il est renouvelé à 95%. Dès que ça atteint 96% je vous préviens !

Donc rien de signé ?
Non. D'ailleurs on ne signe pas ! Ca ne se passe pas comme ça. Je suis en CDI, je ne renouvelle pas mon contrat avec Canal+ à la fin de la saison. Dans les faits, on ne signe pas de contrat, sauf quand il y a transfert, bien évidemment ! Là, il faut être accompagné de ses avocats.

Vous avez fait plusieurs émissions en direct cette année. Allez-vous retenter l'expérience ?
Non seulement on va retenter mais on va essayer d'être plus souvent en direct. Ca change le ton, on va plus à l'essentiel. On souhaite faire l'année prochaine quelque chose de plus chaud. Le direct ne me fait pas peur.

La grille d'info de RTL va être largement modifiée à la rentrée. Continuerez-vous à refaire le monde ?
Probablement mais là je ne peux vous donner aucun pourcentage ! (rires)

Une année présidentielle s'annonce, refaire le monde vous convient ou vous avez envie d'autre chose ?
Refaire le monde c'est déjà ambitieux ! Vue la saison qui s'annonce, ça va être passionnant !

N'avez-vous pas envie d'une émission plus écrite, d'une chronique, d'un journal ?
Non... Quand je veux écrire, j'essaie d'avancer le livre que je suis en train de faire. Je vois des chroniqueurs tous les soirs et je sais que c'est un métier difficile. Des journaux, j'en ai déjà faits beaucoup. Et puis j'aime bien présenter des émissions. Je souhaite rester dans une émission où il est possible de s'exprimer !

Allez-vous pouvoir davantage donner votre avis ?
J'ai le sentiment de déjà le donner dans la façon dont je choisis les sujets, dont je les aborde. Les sommaires de « On refait le monde » ne sont jamais anodins, jamais innocents.

J'ai découvert que vous aimiez le foot, Pascale Clark. Cette année dans « On refait le monde », vous en parlez tous les jours. Vous impose-t-on certains sujets ?
Je ne suis obligée à rien. Je ne parle que des sujets qui m'intéressent. En ce moment le foot est dans l'actualité et oui, j'aime ça ! (rires) Et je vais suivre ce mondial.

Canal+ cherchait une journaliste pour un rendez-vous politique impertinent pour remplacer Karl Zéro. Avant de faire appel à la sage impertinence de Laurence Ferrari, la direction de Canal vous a-t-elle contactée ?
Non, car comme vous l'avez sûrement remarqué je ne passe pas à la télé. C'est un handicap majeur ! Donc je n'ai pas postulé pour ce rendez-vous là car je savais qu'il ne serait pas pour moi. Cela dit, j'ai déposé un projet à Canal pour la campagne présidentielle. Ils ont dans leurs cartons une émission qui permet de couvrir la campagne comme nulle part ailleurs.

C'est ce projet qui conditionne le renouvellement de « En aparté » ?
Non, ce projet ne conditionne pas l'existence de « En aparté ». Si cela se fait c'est en plus de « En aparté », pas à la place.

Christophe Hondelatte voulait adapter « On refait le monde » à la télévision. Samuel Etienne l'a fait sur i>télé. Vous en pensez quoi ?
J'aime beaucoup « N'ayons pas peur des mots ». Je ne regarde pas beaucoup parce que c'est à la même heure que « On refait le monde », mais je regarde les best-of le week-end. J'aime beaucoup ce que fait Samuel Etienne. La différence c'est que, eux, ils ont une personnalité politique en plateau, ce dont nous, on ne veut pas. On ne parle pas de politique de la même façon quand on est face à une personnalité politique et quand on est entre nous. Nous, c'est la politique sans les politiques.

Par moment c'est un peu la foire d'empoigne dans « On refait le monde ». Ça a même l'air de vous amuser. Vous assumez ?
Oui ! Mais c'est tout de même moins foire d'empoigne que cela ne l'a été. Il ne faut pas juger une émission au bruit qu'elle fait. Parfois je pique des coups de sang pour calmer mes polémistes parce que les débats deviennent inaudibles. Mais c'est toujours mieux quand ça vit. Il faut une opposition entre les chroniqueurs mais il faut s'écouter. Hurler sans écouter l'autre – ce qui a pu arriver dans cette émission (elle sourit, ndlr) – c'est sans intérêt.

Ceux qui écoutaient « Tam Tam », connaissent bien vos goûts culturels. On connaît moins vos goûts en matière de programmes télévisuels.
Je suis une fan absolue, et je le redis aujourd'hui parce que ça a son importance, des « Guignols de l'Info». Evidemment, ça fait un petit moment que les Guignols sont dans le PAF, on s'est habitué. Mais je trouve que c'est incroyablement sain que cette émission existe. C'est le dernier bastion. Ils sont toujours très bons et particulièrement en ce moment. Sinon j'adore « Y'a que la vérité qui compte » ! Je plaisante bien-sûr ! (rires). J'aime bien regarder « Campus ». Je sais que ce n'est pas beaucoup regardé et que ça va sans doute s'arrêter, c'était trop beau. Je regarde aussi le poker. Je trouve que Patrick Bruel n'est jamais aussi bon que dans le rôle de commentateur de poker. Je suis très séries : « Desperate Housewives », « 24 heures chrono », et, le fin du fin, « Six feet under ».

Et en radio. Je ne vous vois pas écouter Laurent Boyer, qui est sur RTL l'après-midi. Je me trompe ?
En effet car je prépare mon émission l'après-midi donc je n'écoute pas la radio. En radio, je suis une consommatrice éclectique, j'écoute de tout. Je n'ai pas de rendez-vous fixes.

Est-ce que vous vous retrouvez dans le ton de RTL ?
Oui. Je suis la même. J'ai gardé mon ton. On m'avait promis un espace de liberté. Il est amplement tenu. Je travaille dans une liberté totale. C'est de plus en plus rare. C'est donc précieux. RTL est une excellente rédaction. Je m'y sens bien. Je ne serais pas nécessairement aux programmes, mais je suis à ma place dans la rédaction.

Lorsque vous avez quitté France Inter pour RTL, ça a surpris. On a parlé ici ou là de « trahison » ?
Déjà, je ne suis pas sûre qu'Inter soit l'ennemie de RTL. J'ai entendu dire que mon départ de France Inter avait été vécu comme une trahison. Selon moi, c'est ceux qui sont restés qui ont trahi, comme quoi c'est une façon de voir les choses. Il y a eu un nouveau patron de Radio France, nommé par le CSA pour des raisons politiques [il s'agit de Jean-Paul Cluzel, ndlr]. Et que l'on vire sans l'ombre d'un motif Jean-Luc Hess, un homme qui a consacré 25 ans de sa vie au service public, est purement et simplement scandaleux. Je demande donc où est la trahison !

Quelle réaction vous inspire la mise à l'écart de Gilles Schneider, qui a remplacé Jean-Luc Hess à la direction de France Inter ?
C'était écrit. Il y a des gens dont la mission est uniquement de faire les basses oeuvres...

Et l'arrivée de Frédéric Schlesinger ?
Je ne l'ai jamais rencontré. Ou alors je ne m'en souviens pas...

Vous êtes un peu mystérieuse. Vous jouez de cela. Pourquoi n'accordez-vous pas beaucoup d'interviews ?
Je fais des interviews. Mais je ne vois pas au nom de quoi je dévoilerais ma vie... Du coup, c'est l'inverse qui se passe. On ne vient pas me voir ! N'étant pas par exemple au cœur, et j'y reviens parce que c'est important, de cette vague ridicule des transferts télé, ce n'est pas à moi que l‘on pose des questions. Il n'y a que la nouveauté qui intéresse. Je vous disais tout à l'heure que nous allions entamer (à 95%, bientôt 96%) une sixième saison de « En Aparté », une émission qui réalise une audience au dessus de la moyenne de la chaîne mais évidemment ce n'est pas nouveau même si nous, on a l'impression de se renouveler. Ce qui n'est ni nouveau ni spectaculaire n'intéresse pas. Ce n'est pas de mon fait...

Vous êtes un exemple pour une jeune génération de journalistes, d'étudiants. Ca vous fait plaisir ou flipper ?
C'est pas mal a priori même si ça fout un coup de vieux (rires). C'est comme ça. Je ne m'en rends pas du tout compte pour être franche !

Donner des cours de journalisme, c'est quelque chose qui vous tente ?
Pas du tout car je n'ai pas le sentiment d'avoir des leçons à donner ni des choses à apprendre. Je serai embarrassée, en fait. A part «écoute ce que tu ressens» et «suis ta curiosité propre», je ne vois pas quel conseil je peux donner. Après il y a une chose essentielle à ne pas perdre de vue, il faut bosser, beaucoup bosser ! (rires) A regarder ce qu'il se passe, on se dit que c'est facile, qu'il y a le jackpot. C'est un peu ça l'image que donne tous ces transferts d'animateurs. Je reviens à ça parce que, franchement, ça me paraît d'une indécence totale. Quand je lis Stéphane Bern qui dit dans le Parisien «je remets ma cagnotte en jeu» parce qu'il va gagner moins sur France Télévisions qu'il ne gagnait sur Canal+, j'ai juste envie d'hurler au scandale ! Quand on voit ces sommes qui circulent... Il se fiche de l'argent parce qu'il en a ! A-t-il seulement conscience que la vie est dure pour des millions de Français ? Et quand on imagine les patrons de chaînes hystériques qui poussent leurs pions dorés, et «je te pique Machin parce que tu me piques Truc» ! On rêve ! Je trouve ça gravissime.

C'est pourtant le milieu dans lequel vous vivez. Si vous travaillez sur RTL et Canal +, c'est aussi parce que vous avez une voix connue...
Je n'ai pas dit que je cautionnais. Je ne dirige pas ces chaînes. Ca fait plus de 20 ans que je fais de la radio, alors ma voix est un peu connue. Mais je trouve ça miraculeux que l'on m'emploie. Ce qui me gène dans ces transferts c'est qu'ils sont uniquement fondés sur de mauvaises raisons. Je ne remets pas en cause le talent de ces gens-là, ils en ont forcément un petit peu. Mais je trouve que seules la visibilité et la notoriété de ces personnes sont prises en compte. Je ne trouve simplement pas cela très sain !
 
Interview publiée le 29 mai 2006 sur le site imedias.biz.

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