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22 mai 2006
Une certaine idée de l'engagement politique
Nanni Moretti a fait l'événement avec son «Caïman» sorti quelques jours avant les élections législatives italiennes. On pensait assister à un brûlot anti-Berlusconi, mais subtilement le réalisateur signe un portrait, cruel et percutant, d'un producteur dans l'Italie d'aujourd'hui (d'hier ?), l'Italie des années Berlusconi.
Ceux qui s'attendent à un pamphlet, dans la lignée de ceux de Michael Moore, vont être déçus. En effet, Nanni Morreti, le célèbre réalisateur italien de gauche, ne parle pas directement de Berlusconi dans «Le Caïman». Ce film est avant tout l'histoire de Bruno Bonomo, un bavard producteur en chute libre, qui n'accepte pas de devoir divorcer. Ruiné, il accepte sans enthousiasme de produire «Le Caïman», le premier film de Teresa, une jeune réalisatrice qui souhaite raconter les manoeuvres pour échapper à la justice d'un homme d'affaires devenu président du Conseil.
Moretti fait donc un portrait, à la fois sévère et tendre, du producteur Bruno Bonomo (joué par Silvio Orlando, juste du début à la fin). Paumé, le personnage aditionne les déconvenues financières, fiscales et conjugales. Entre tendresse et sévérité, Moretti le suit se lancer, d'abord sans s'en rendre compte, dans un film politique. On sourit de l'ironie des obstacles qui se dresse devant le projet et du regard cruel porté sur le milieu du cinéma. Mais Bruno Bonomo va se reconstruire dans l'ombre du «Caïman». Alors qu'il prend conscience de la médiocrité du président du Conseil, le personnage va reprendre espoir et sortir de la léthargie dans laquelle il végète depuis le début des années Berlusconi.
L'ombre de Berlusconi
La réussite de Moretti est de partout faire planer l'ombre de Berlusconi. Bien sûr on suit la construction d'un film engagé (qui émet de sérieux doutes quant à l'origine de la fortune de l'homme le plus riche d'Italie) ; bien sûr, il y a quelques images d'archives montrant les tristement célèbres réparties populistes de Silvio Berlusconi ; mais au final Moretti parle surtout du peuple italien qui renaît dans l'espoir de la fin de règne de son dirigeant. On ne peut pas s'empêcher de penser que ce second souffle est aussi celui du cinéaste lui-même (qui interprète «himself» le «Caïman» du film de Teresa dans un final très engagé). Après plusieurs films personnels («La chambre du fils», «Journal intime»), la fin de règne de Berlusconi a poussé Moretti à revenir à un cinéma politique. En pleine campagne électorale, Berlusconi se serait bien passé de ce réveil tardif.
Les + :
Un discours subtile et implacable
De très bons comédiens
Les – :
Des longueurs
Un indéniable côté « intello »
Critique publiée le 22 mai 2006 sur le site imédias.biz
22:00 Publié dans Critiques de film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









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