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06 mars 2006

DJ Zebra : "Les auditeurs nous demandent des bootlegs"

Depuis septembre, les «bootlegs» sont omniprésents sur les ondes. Un bootleg est le mix de deux morceaux connus. Les radios leurs ont laissés une grande place dans leur programmation. Notamment sur OUI FM qui, depuis 3 ans, donne carte blanche à DJ Zebra, talentueux précurseur, pour des «Zebramix» souvent électriques. Pédagogiquement, il explique sa démarche tous les mercredis sur France Inter, dans l’ambiance plus feutrée de l’émission «Ondes de choc» de Laurent Lavigne. Pour imédias, DJ Zebra décortique le phénomène bootleg.

Les bootlegs sont à la mode cette année. Tout le monde en fait. Tout le monde en parle.
Oui, ça prend une autre dimension cette année. Ne serait-ce qu’à Oui FM, depuis septembre le «Zebramix» est diffusé à 20 heures (l’émission était diffusée en fin de soirée les deux saisons précédentes, ndlr) et les auditeurs nous demandent des bootlegs. Et puis NRJ, suivie comme toujours par Fun Radio, s’y est mis. Ca aide à la démocratisation des bootlegs ! Mais ça me surprend que le succès arrive cette saison. Au niveau de la création, ce n’est pas la meilleure année. Lorsqu’on a commencé l’émission il y a 2 ans, il y avait d’excellents DJ, plutôt underground, qui faisaient des trucs remarquables. Ils sont passés à autre chose maintenant. Le phénomène de mode mène plein de gens à se lancer dans le bootleg. Avec plus ou moins de talent. Pour faire de bonnes choses, il faut avant tout être musicien. En ce moment, il y a plus d’offre mais moins de qualité. C’est l’effet pervers de la mode.

Est-ce un hasard si les bootlegs se développent au moment où les podcasts se démocratisent ?
Probablement pas ! La direction de OUI FM est «surprise» par le nombre de téléchargements. Je ne sais pas précisément ce qu’ils entendent par «surpris» (rires). Les podcasts de l’émission sont très consultés à l’étranger. La moitié des abonnés sont étrangers et viennent pour le style, pas pour l’auteur.

Pourquoi la station n’entre pas plus de bootlegs dans sa play-list ?
OUI FM a fait un mois spécial avec un morceau diffusé toutes les heures. Mais il est difficile de faire plus. Une station musicale a des partenariats avec des maisons de disques concernant les sorties des nouveaux albums (c’est le cas en ce moment avec la sortie du nouveau Placebo). Dans le «Zebramix», j’ai carte blanche. C’est une grande liberté que me donne la station.

On parle beaucoup en ce moment des effets néfastes du téléchargement sur l’industrie du disque. Les bootlegs participent-ils à cette crise ?
Non. Les bootlegs ne sont pas illégaux. Leur diffusion à la radio non plus. Les artistes nous encouragent à utiliser leurs morceaux. Les producteurs ont bien compris les avantages des bootlegs pour la promotion des artistes. On m’a envoyé la version a cappella du dernier album de Diam’s pour que j’essaie d’en faire quelque chose. Du coup elle est passée sur OUI FM alors qu’elle n’est pas dans la play-list. Les seules qui râlent sont les maisons des disques. Tacitement, ils ne remettent pas notre travail en cause mais la circulation gratuite sur le net des bootlegs les dérange pour des questions de droits d’auteur. Or, cette notion de circulation gratuite est contenue dans la notion même de bootleg. C’est un mouvement de création non officiel, et avec la radio, le téléchargement des morceaux est le seul moyen de les diffuser.

Il y a eu plusieurs projets d’album de bootlegs. Ils ont tous avorté ?
Sortir un album est extrêmement compliqué. Il faut obtenir les accords de tous les artistes utilisés et de leur maison de disque ! Quand des artistes anglo-saxons sont dans les morceaux, ça devient un parcours du combattant. C’est plus d’un an de travail pour obtenir toutes ces autorisations. Mais seul un album peut nous donner accès aux médias. Beaucoup d’animateurs se disent intéressés par notre travail mais sans album, nous n’aurons pas la parole.

Le partenariat, ou à défaut le soutien, d’une grande maison de disque est envisageable ?
Cela serait idéal. Mais ça semble compliqué en ce moment.

Il manque aussi une place de DJ résident dans une boite de nuit parisienne pour être institutionnalisé.
A qui le dis tu ! Ca fait plus d’un an que je cherche une place ! Mais les patrons de boites de nuit réagissent comme les maisons de disque. Ils ne savent pas comment nous cataloguer. Ils n’arrivent pas à cerner quelle clientèle serait attirée par nos mixs. Il y a un an c’est vrai que je vidais une piste avec un bootleg. Maintenant que le phénomène s’est démocratisé, les gens ne sont plus surpris et ça marche. Ce serait bien pour le mouvement d’avoir une résidence. Pour l’instant, on se contente de soirée exceptionnelle.

+ Le site de DJ Zebra

Interview publiée le 6 mars 2006 sur le site Imedias.biz.

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