28 novembre 2005

Melvil Poupaud : "Ozon maitrise son film dans tous les domaines"

Dans «Le temps qui reste», Melvil Poupaud interprète avec subtilité un jeune homosexuel qui n'a plus que quelques semaines à vivre. Condamné, il refuse tout traitement et décide de faire le chemin, seul. Sobre et puissant, le film offre à Melvil Poupaud son meilleur rôle. Pour imedias, il évoque son personnage et son travail avec François Ozon. Entretien.

Imédias : Romain, comme souvent chez Ozon, est au premier abord antipathique. Aimez-vous votre personnage ?
Melvil Poupaud : Oui car il ne fait rien pour qu'on l'aime : il est hautain, têtu et désagréable. A aucun moment, François Ozon ne se sert de la maladie de Romain pour émouvoir le spectateur. J'ai aimé que ce ne soit pas démago. Il ne prend pas en otage le public. Je suis également touché par la démarche de Romain, par son cheminement.

Il décide de traverser seul cette ultime étape. Comprenez-vous qu'il opte pour la solitude ?
C'est un personnage très égocentrique. Il tente d'envoyer des messages. A son père par exemple. En n'avouant pas sa maladie à ses proches, il fait un acte courageux.

Cela peut être vu comme de la lâcheté aussi.
Oui. C'est peut-être lâche vis-à-vis de ses proches mais il ne veut pas les apitoyer ni faire du chantage émotionnel. C'est tellement dur à dire quand on aime les gens et il ne lui reste pas de beaucoup de temps. C'est assez courageux de vivre ça tout seul. Et puis, il fait pour chacun quelque chose avant de partir mais sans leur dire. Il espère qu'après sa mort, ses proches referont son chemin. C'est assez beau je trouve.

De tels personnages dramatiques sont rares pour les hommes. Vous attendiez ce rôle ?
Oui. Je ne recherchais pas à tout prix ce genre de rôle. Mais c'est un personnage rare, intéressant et enrichissant. Un rôle qui a tout pour plaire et qu'on ne peut pas refuser.

La paternité est au centre de cette histoire.
Oui, Romain a un rapport complexe avec la paternité. Il a du mal à se raccrocher à l'image de lui enfant. Il va se reconstruire dans ce trajet.

C'est le film le plus personnel de François Ozon. Etait-il très directif sur le tournage ?
Non, il m'a laissé assez libre sur le tournage même assez curieusement il a fait beaucoup de prises. Nous nous sommes rencontrés avant même qu'il n'écrive le scénario. J'ai suivi l'écriture. Nous avions beaucoup discuté, de nos expériences, de nos rencontres, etc. Il se trouve que nous avions des expériences croisées et des goûts réciproques. Une confiance s'est installée et du coup sur le tournage tout est passé par le feeling.

Ozon a fait tourner beaucoup d'actrices. Elles disent avoir pris du plaisir à travailler avec lui. Et un comédien ?
J'ai pris aussi beaucoup de plaisir. Sur un tournage, François Ozon est très précis. Il maîtrise son film dans tous les domaines. Il est très exigeant et donne beaucoup. Et, surtout, il sait provoquer le désir. C'est très palpable.

La seule personne à qui Romain se confie c'est sa grand-mère, interprétée par Jeanne Moreau. Ils sont très proches. Est-ce compliqué de jouer une scène si intime avec une telle comédienne ?
C'est vrai que c'est impressionnant. Mais elle était très motivée de tourner avec François Ozon. Elle l'aime beaucoup et leur complicité m'a rassuré. Quand je l'ai rencontrée, je lui ai posé beaucoup de questions, parfois indiscrètes. Du coup, je me suis senti libéré et assez proche d'elle. Elle a apporté toute son énergie, sa grâce et son élégance à cette scène.

Comme votre personnage voyez-vous quand vous vous regardez dans la glace, l'enfant qui sommeille en vous ?
Non ! J'ai eu la chance de tourner des films enfant, notamment sous la direction de Raoul Ruiz. Je les regarde souvent, comme des photos de vacances. Et je me revois enfant. Je n'ai heureusement pas besoin de glace pour me voir enfant.

Quels sont vos projets ?
Je vais tourner en avril dans le film de Zoé Cassavetes, la fille de John Cassavetes.

Vous avez tourné dans «Les Sentiments» qui était diffusé dimanche soir sur TF1. Quels souvenirs gardez-vous de ce tournage ?
D'abord celui de la réalisatrice, qui, comme François, est une femme exigeante. Et puis surtout ma rencontre avec Jean-Pierre Bacri. Il a une sorte de juvénilité à laquelle je ne m'attendais pas. Il s'est beaucoup investi dans ce film. Très loin de l'image que l'on peut avoir de lui.

Pour la sortie du film, vous avez participé à plusieurs émissions de télévision. Avez-vous pris plaisir à faire la promotion ?
Je regarde assez peu la télévision. C'est assez particulier et je n'ai pas l'habitude des plateaux de télé. On m'avait dit des choses sur des gens et pourtant tout s'est très bien passé. Les gens ont visiblement été très touchés par le film et sont bienveillants avec nous. Cela m'a mis à l'aise et par exemple j'ai pris du plaisir chez Ardisson. On ne se rend pas forcément compte de l'impact de la télévision sur la notoriété mais c'est fou !

Vous ne regardez jamais la télévision ?
Non, ma télé est éteinte en permanence. Je regarde juste «Ca Cartoon» avec ma petite fille ! (rires)

C'est une question qui revient souvent mais trouvez-vous que la télévision sait parler de cinéma ?
Non, les émissions de télévision se soucient seulement d'être populaires. Elles s'intéressent principalement à la bêtise et aux films commerciaux. Pourtant les téléspectateurs demandent de la qualité. Les gens n'aiment pas qu'on les prenne pour des débiles. Mais heureusement, la télévision donne un peu de place pour défendre des beaux films comme celui de François Ozon.

Interview publiée le 28 novembre 2005 sur le site imedias.biz.

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