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31 octobre 2005
Michel Denisot : "Plus que jamais je porte le maillot de Canal !"
Tout Sourire. Depuis la rentrée, Michel Denisot est aux commandes d'un « Grand Journal » rallongé d'une heure. Dans ce talk-show quotidien de deux heures, en direct, Michel Denisot est très à l'aise. L'animateur s'amuse et ça se voit. Et il a bien raison de sourire car les audiences suivent. Il y a quelques jours, l'émission réalisait sa meilleure audience depuis la rentrée, avec 1,556 million de téléspectateurs (6% de part de marché). Des scores que la chaîne n'avait plus atteint depuis l'arrêt de «Nulle Part Ailleurs». A 60 ans, l'homme aux multiples casquettes vit une seconde jeunesse. Entretien.imédias : Vous êtes plus à l'aise dans «Le grand journal» cette saison. Il fallait une émission plus longue avec plus de chroniqueurs pour que vous vous détendiez ?
Michel Denisot : L'an dernier quand j'ai commencé l'émission, je n'avais pas fait d'antenne depuis un certain temps. Il fallait retrouver le rythme. Et plus, j'avais beaucoup de responsabilités au sein du groupe Canal+. Je cumulais beaucoup trop de choses et c'était un peu difficile. Comme l'émission a atteint les objectifs fixés par la chaîne, elle a été reconduite et prolongée. D'un commun accord avec Bertrand Méheut, j'ai arrêté les postes de management que j'avais pour me consacrer à 100% à un travail qui déjà à lui seul peut occuper plusieurs personnes. Cette addition de paramètres a permis que je me détende.
« Le grand journal » est un talk-show institutionnel. Est-ce voulu ?
On peut dire, si vous voulez, que nous sommes classique. Mais il y a un ton différent. Je suis le chef d'orchestre et mes solistes sont sans équivalent dans leur secteur. La légitimité de Frédéric Beigbeder pour parler de littérature, de Laurent Weil pour le cinéma, d'Ariane Massenet pour les médias, de Mademoiselle Agnès pour la mode et de Tania Bruna Rosso pour les tendances est incontestable. Je suis entouré de grands spécialistes qui pourraient faire eux-mêmes leurs propres émissions. On peut donc considérer qu'on est classique par la compétence ! Mais en terme de programmation, c'est une vraie audace de la chaîne de traiter d'actualité et de culture entre 19 et 21 heures.
Vos plateaux sont très attractifs. Comment faites-vous pour avoir tous les jours autant d‘invités prestigieux ?
On ne les force pas ! (rire) Je suppose qu'ils viennent parce qu'ils aiment l'émission. A la fin, ils nous disent avoir pris du plaisir à la faire, c'est important. On a mis un peu de temps à s'installer l'année dernière. Mais aujourd'hui, seuls 1% des personnes invitées refusent nos invitations.
Allez-vous procéder à des recadrages cet automne ?
Une quotidienne se recadre tous les jours. Nous avons la chance de pouvoir faire des changements en permanence. Nous ne sommes pas figés. «Le Grand journal» d'aujourd'hui a beaucoup évolué depuis un an et deux mois. Je m'y sens de mieux en mieux et je prends du plaisir. Tous les soirs, quand je vais m'asseoir, une minute avant le générique, je me dis que j'ai de la chance d'être là.
Certaines chroniques, certains chroniqueurs sont un peu faibles. Allez-vous les modifier ?
Non ! Rien n'est prévu. Auxquels pensez-vous ?
A la chronique anniversaire par exemple...
Elle a un énorme succès sur les 14-16 ans. Vous êtes trop vieux ! Les adolescents préfèrent cela à la « Minute Blonde » qui s'adresse plutôt aux personnes âgées! (rire) J'aime beaucoup «l'anniversaire». Je trouve cette chronique très ludique, très inventive. L'écriture télévisuelle est moderne, c'est une sorte de BD de la télé sans équivalent aujourd'hui. «L'anniversaire» sera culte assez rapidement, comme l'est aujourd'hui «la Minute Blonde».
Pourquoi avoir choisi le direct ?
Parce que je pense que c'est le vrai luxe de la télévision. Pour une émission quotidienne liée à l'actualité, je ne vois pas comment ça peut être autrement. La réactivité implique de faire une émission en direct. En plus, elles ont bien plus de vie que les émissions enregistrées.
C'est aussi plus d'adrénaline. Vous avez besoin de cela ?
Non. Je ne suis pas un drogué du direct, sinon j'aurais été malheureux pendant des années. Mais j'aime cela. J'aime les journées que je vis depuis la rentrée. Je dois gérer mon énergie et la tension au fur et à mesure que la journée avance. Je dois être au mieux de ma forme entre 19 et 21 heures.
Comme un footballeur !
Oui, exactement comme un sportif ! J'ai eu la chance dans ma vie de côtoyer de très grands champions et ça m'a toujours intéressé de savoir comment ils se préparaient. Que ce soit pour un combat de judo de 4 minutes, un 100 mètres de 10s ou un match de football de 90 minutes : ils travaillent, 4 ans parfois, pour être au top sur un temps aussi restreint. Même si ce n'est pas la même chose, j'ai mon rythme pour être en forme pendant deux heures quatre jours par semaine.
«Le Grand Journal» est l'aboutissement de votre carrière ?
Non car je ne pense pas que ma vie s'arrêtera après le «Grand Journal».
Vous rendez-vous compte que dans la forme, «Le Grand Journal» ressemble beaucoup à «Nulle Part Ailleurs» ?
C'est un talk show entre 19 et 21 heures : ça appartient à la même famille. A part les horaires, je vois peu de points communs avec «NPA». S'il y en a tant mieux, ça me fait plaisir, mais ce n'est pas voulu.
Votre émission est dans la lignée du «NPA» que proposait Guillaume Durand...
Guillaume Durand a réalisé les meilleures audiences de «NPA». C'est une belle référence !
Préparez-vous des émissions spéciales ?
On ne fait pas d'émission exclusivement autour d'un invité. Quand il y a Jodie Foster, Robbie Williams ou Johnny Hallyday, nous faisons une partie plus importante autour de cet invité. Mais ce ne sont pas des « spéciales » car tous les rendez-vous habituels auront lieu.
Présenterez-vous l'émission de Cannes en mai ?
La réponse est oui.
Vous co-produisez l'émission avec Renaud Le Van Kim. La production à part entière vous tente-t-elle ?
Pour l'instant, mon emploi du temps ne me le permet pas. Tant que l'émission perdure, ça sera difficile. J'ai besoin de beaucoup de tonus, d'énergie et de disponibilité pour faire mes 2 heures de direct par jour. Cette question ne se pose pas aujourd'hui.
Comme tous les ans, vous organiserez en février « la Cérémonie des Césars ». Gad Elmaleh sera-t-il encore une fois votre chouchou ?
Nous n'en sommes pas encore là. Mais le premier à qui on le demandera sera certainement Gad Elmaleh. Réponse bientôt.
En juin dernier vous avez quitté votre fonction de DG de Canal Plus et votre poste de directeur des sports. Avez-vous été mis sur la touche du groupe ?
L'émission est passée de une heure à deux heures, ce n'est pas ce que j'appelle être mis sur la touche ! Comment peut-on penser qu'on me confie la tranche la plus importante de la chaîne, qui cafouillait (pour être gentil) depuis l'arrêt de «NPA», et qu'elle n'ait pas confiance en moi ? J'étais à un moment de ma carrière où je n'allais pas mettre fin à mes responsabilités pour une émission qui pouvait s'arrêter. Dans la mesure où l'émission s'est installée et a été prolongée une saison de plus, il est évident que je ne pouvais pas tout faire. Je ne m'attendais pas à faire cette émission. J'y prends davantage de plaisir que dans ce que je faisais avant. Je présente le programme emblématique de la chaîne, qui est personnalisé autour de son animateur. J'incarne plus que jamais Canal+. Je ne suis pas sur la touche. Je ne comprends pas comment vous pouvez dire ça.
Pourquoi avez-vous quitté vos postes de direction ?
Je n'ai jamais fait les mêmes choses pendant 107 ans. J'ai passé 7 ans au PSG, 7 années aux sports... Les émissions que j'ai faites ont duré 3, 4 ou 5 ans. Je n'aurais pas été capable de faire toute ma vie la même chose car je m'ennuie. A chaque fois que je passe à autre chose, on me demande si c'est parce que ça n'avait pas marché la dernière fois. C'est agaçant ! Faites le bilan de ce que j'ai fait et, toute modestie mise à part, il y a très peu d'échec !
Vous demande-t-on votre avis sur le contenu des programmes de la chaîne ?
Parmi mes fonctions, je suis conseiller auprès de Bertrand Méheut sur l'ensemble des activités télévisuelles du groupe. Si je suis encore là, c'est parce que je joue le jeu de la boite. J'ai toujours respecté l'entreprise qui m'emploie. Plus que jamais je porte le maillot de Canal !
Vous avez présenté «Télé Dimanche». Continuez-vous à suivre l'actualité des médias ?
Oui, bien sûr ! J'ai regardé Florence Dauchez ce week-end.
Trouvez-vous une continuité entre «+ Clair» et «Télé Dimanche» ?
Oui. Le concept n'est pas éloigné de celui de «Télé Dimanche». Que ce soit avec Marc-Olivier Fogiel, Daphné Roulier ou maintenant Florence Dauchez, (que des gens de grande qualité !), le magazine a gardé l'esprit de «Télé Dimanche ».
Et dans un genre différent, que pensez-vous de l'émission de Jean-Marc Morandini ?
C'est une émission de radio quotidienne : c'est très différent. Son émission est très réactive. Il est très pointu et à l'affût de tout ce qu'il se passe. C'est bien.
Un des événements médiatiques de ces derniers jours, c'est le lancement de i>télé sur la TNT gratuite. C'était important de prendre les devants sur LCI ?
Bien sûr ! C'est toujours bon de prendre les devants sur la concurrence. J'étais président de i>TELE jusqu'à fin août, je ne peux que me réjouir du développement de cette jeune chaîne. Avec la TNT, les gens vont pouvoir découvrir qu'elle a un ton très contemporain sur l'actualité.
Selon vous, pourquoi LCI n'a pas été candidate ?
Je ne sais pas, il faut leur demander !
La direction de LCI ne veut pas répondre...
S'ils ne répondent pas, c'est peut-être parce qu'ils ne savent pas quoi répondre !
Le lendemain de l'envahissement du plateau de «ONPP», vous avez invité Marc-Olivier Fogiel. Quelques jours plus tard Stomy Bugsy. Avez-vous eu des pressions ?
Pas du tout. Nous avions prévu de recevoir Stomy Bugsy pour parler d'un téléfilm sur Arte. Comme il était là, nous avons aussi parlé, bien évidemment, de cette actualité.
Peut-on avoir votre avis sur cette "affaire" ?
Je connais bien Marc-Olivier Fogiel et je peux témoigner de son honnêteté. On ne peut pas le soupçonner de racisme. Il y a eu un dérapage. Il s'est excusé. Cette affaire ne devrait pas faire autant de bruit.
Vous utilisez vous aussi des SMS dans la séquence «la boite à questions». Comment marche ce système de SMS ?
Ce n'est pas une séquence en direct. C'est ludique, le public pose des questions aux invités. Ceux-ci peuvent refuser les questions. C'est vraiment un jeu. Il n'y a aucun risque de dérapage.
Dans votre équipe, il y a plusieurs ex-salariés de Marc-Olivier Fogiel (Ariane Massenet, Laurent Bon, Yann Barthès...). Paf productions est un bon vivier ?
Vous savez, en télévision ce n'est pas comme en football, il n'y a pas 20 clubs. Mon équipe est composée de beaucoup de jeunes. Elle est très compétente. Je n'ai pas le souvenir d'avoir travaillé dans un climat aussi serein. En télé c'est rare !
Reconnaissez-vous une filiation avec cette jeune génération qui a grandi en vous regardant et qui aujourd'hui fait de la télé ?
Non. Certains me parlent de «Mon Zenith à moi», d'autres de «Télé dimanche». Il n'y a pas de génération ! Je suis juste une de leur référence d'adolescent. Il y a quelques animateurs qui ont débuté avec moi (Fogiel, Dechavanne, Delarue, Giordano, Lumbroso ndlr) mais je ne suis responsable de rien! (rire) Dans ce métier, on saisit des opportunités et on ne doit rien à personne.
Un mot pour être complet sur l'affaire des transferts du PSG. Vous avez été entendu en juin comme témoin assisté. Où en est la procédure ? Etes-vous inquiété ?
Non. J'ai été entendu, c'est tout. L'enquête porte sur 1998-2004 et j'ai quitté le club en mai 98. En 1998, je n'ai pas signé un seul papier car j'étais destitué en février par Canal.
Vous êtes le Dernier Mohican de Canal+. Pour perdurer, vous avez du mettre de l'eau dans votre vin ?
Pas du tout. Je n'ai pas mis d'eau dans mon vin. Je ne suis pas contorsionniste. Si je suis encore là, c'est peut-être, je dis bien peut-être, parce que je fais bien mon travail, tout simplement...
En télévision, seul le résultat compte ?
Oh que oui...
Interview publiée le 31 octobre 2005 sur le site Imédias.biz
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