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04 juillet 2005

Yves Bigot, "Ce serait frustrant pour moi d’arrêter maintenant"

La grille d'été de France 2 vient à peine de commencer qu'Yves Bigot, le directeur des programmes de la chaîne, prend les dernières décisions sur celle de la rentrée. Tout devait être bouclé avant le mois de juillet synonyme de vacances. Pourtant, à France Télévisions ce début de mois de juillet ne sera pas de tout repos. Le 6 juillet, le CSA désignera le président de la holding publique. 5 candidats sont en course mais deux favoris se dégagent : Marc Tessier, le président sortant, et Patrick de Carolis. Le duel s'annonce serré.
Quelques jours avant l'échéance et malgré un emploi du temps chargé, Yves Bigot prend le temps de répondre aux questions d'imédias. Bilan et projets d'un directeur en campagne.

imédias : Tout d'abord un mot sur la saison 2004/2005. Elle fut calme, sans vague. C'est ce qu'on vous avait demandé ?
Yves Bigot : Pas du tout ! Personne ne m'a rien demandé. J'avais préparé, en tant que chef d'unité, la partie variétés et divertissements. En septembre dernier, quand je suis arrivé à la direction des programmes, j'ai hérité d'une saison préparée sur laquelle je n'ai pas eu d'influence immédiate. Mais, je ne me suis pas lancé dans une année « calme ». Ne serait-ce qu'au niveau du divertissement, j'avais décidé que nous prendrions des risques. "Les 100 plus grand français de tous les temps", "Les 40 ans de France 2" ou "Un fil à la patte" : beaucoup de programmes auraient pu être sujets à polémique et de vrais bides d'audience, ils ne l'ont pas été. "Clara Sheller" ou "Un amour à taire", par exemple, étaient de vrais paris même si aujourd'hui ça semble évident. C'était une année exigeante et périlleuse. Marc Tessier et Christopher Baldelli ne nous ont pas demandés d'être « calmes » à cause de l'élection. Au contraire, ils nous ont encouragés à prendre des risques.

France 2 a ressorti ses programmes estivaux. Quels sont les points forts de la grille d'été ?
Il y a les programmes spécifiques de l'été : "Fort Boyard", "Intervilles", le feuilleton... Il y aura aussi des spéciales : Michel Drucker va faire une soirée autour des pompiers ; Daniela Lumbroso proposera un émission de variétés sur l'Italie ; Nagui a enregistré une spéciale Brésil. Et puis il y aura des nouveautés. Les animateurs de France 2 ont préparé des programmes inédits. Jean-Luc Delarue sera là tous les jours à 18H30 avec "Cher Journal" et Patrick Sébastien vous montrera "La télé de Sébastien".

Pourquoi ne pas avoir davantage innové ?
On s'est beaucoup planté les étés précédents. Entre le Tour de France et les Championnats du Monde d'athlétisme, nous faisions deux choses : nous rediffusions et nous tentions des trucs que nous n'avions pas le courage de faire pendant l'année. Cela ne correspond plus à l'attente des Français. Je ne crois plus que l'été soit une parenthèse. Avec la semaine de 35 heures, plus personne ne prend cinq semaines de vacances. Les gens vont et viennent, repartent, prennent des longs week-ends ici et là tout en continuant à regarder la télévision. Il n'y a pas de coupure donc on doit proposer de la « vraie télé ». France 2 a des enjeux d'audiences et un positionnement à défendre. Cette année, j'ai souhaité que les animateurs de la chaîne soient présents durant l'été même s'ils voulaient partir en vacances. Ils ont joué le jeu. Ils vont tous être là d'une manière ou d'une autre...

Au risque de lasser ?
Je ne crois pas car ce qu'ils proposent cet été est très différent de ce qu'ils font dans l'année. "La télé de Sébastien" n'a rien à voir avec "Le Cabaret". C'est juste, si je puis dire, « les enfants de sa télé à lui ». Ce sont des images que l'on n'a jamais revues car Patrick ne diffuse jamais ses archives. Il n'y a donc pas de risque d'usure.

Peu de nouvelles figures sur la chaîne cet été. Vous ne recherchez pas la relève ?
Si ! On est en train d'y travailler. Cet été pour la troisième année consécutive, Sarah Lelouch anime "Fort Boyard" avec Olivier Minne. Il faut quinze ans pour faire un bon animateur. On forme des nouveaux petit à petit.

Vous avez décidé de mettre en lumière à 19H50 le programme court "Samantha". "La journée de ouf" est déjà enterrée ?
Non, "La journée de ouf" sera de retour à la rentrée. Ils vont tourner tout l'été pour être d'attaque en septembre. Plutôt que de mettre des rediffusions, on a décidé de programmer "Samantha". C'est un très bon programme, très drôle et sous-exposé. Le grand public va découvrir cette série.

Cette saison, France 2 était à la peine en fin d'après midi. Le samedi à 19H, vous diffuserez "Le Grand Zapping de l'humour" avec un autre animateur. Cela s'annonce compliqué.
La fin d'après-midi est un moment difficile pour France 2 d'une manière historique. C'est France 3 qui a la côte à cette heure là et "C dans l'air" d'Yves Calvi sur France 5 marche aussi très bien. On ne peut pas mettre un autre jeu face à "Questions pour un champion", ce qui serait le plus facile pour nous. On joue la carte du divertissement. Pour "Le grand Zapping", si on change d'animateur c'est parce que Pierre Mathieu a décidé d'arrêter. J'ai lu dans la presse qu'il partirait à M6 faire le "Morning live". Nous avons fait appel à Thierry Beccaro. Ceux qui le connaissent dans la vie savent qu'il a un fort potentiel comique. S'il arrive à se lâcher, ça marchera.

Il y a quelques jours, un papier du Monde expliquait que les transferts d'animateurs étaient un peu « bloqués » par l'élection ?
Mais personne ne part, on n'a donc pas besoin de nouveaux ! Contrairement aux chaînes privées, nous ne sommes pas une chaîne de concepts où les animateurs sont interchangeables. Nos animateurs sont identifiés et leurs émissions sont le prolongement de leur personnalité. Personne d'autre que Laurent Ruquier ne peut présenter "On a tout essayé", par exemple. Ma principale responsabilité est que nos animateurs restent sur la chaîne. Ruquier a finalement décidé de rempiler alors qu'il veut faire du théâtre, du cinéma... Mon job était de le convaincre.

Les stars de la chaîne ont signé pour la saison 2005/2006 : Ruquier, Sébastien, Drucker...
Oui et heureusement !

Jean-Luc Delarue n'avait pas encore signé il y a quelques jours. Qu'en est-il aujourd'hui ?
C'est comme si c'était fait ! Il restera : la question ne se pose pas. Les négociations portent sur d'autres productions de Réservoir Prod. Elles vont aboutir dans les jours qui viennent.

Le Monde a annoncé que Thierry Ardisson aurait un prime time la saison prochaine. Il est de retour en première partie de soirée ?
Il n'y aura pas de prime ! Il n'en réclame pas. Je ne sais pas d'où vient cette rumeur. Il n'y aura pas "Tout le monde en parle" en prime. Le talk show garde sa case du samedi en deuxième partie de soirée. Nous n'avons pas l'intention de relancer "Opinion Publique", ni aucun autre concept que je connaisse. Cependant, cela ne veut pas dire qu'il ne fera pas des choses en prime, avec Michel Drucker notamment. Ensemble, ils ont animé le "D-Day" et "Les 100 plus grands français de tous les temps". Je sais qu'ils ont deux ou trois projets sur lesquels ils travaillent.

Christophe Hondelatte a tourné des pilotes pour Canal +. Est-il sur le départ ?
A priori, non. Il nous a fait savoir qu'il souhaitait rester sur France 2. Il devrait reprendre la saison prochaine le personnage de "Faites entrer l'accusé" qu'il incarne parfaitement. Il va sûrement faire deux ou trois émissions spéciales en plus.

Daniela Lumbroso restera-t-elle aux commandes de "Comme au cinéma" ?
Je souhaite qu'elle continue à présenter le magazine. Elle a des réserves sur la production. On en discute actuellement.

Et Karine Le Marchand continuera-t-elle "Encore + Libre" ?
La suite d'"Encore + Libre" est une décision qui n'est pas encore finalisée. Cela dit, même si on devait arrêter l'émission, on essaierait de trouver des choses à faire à Karine.

Quid du magazine "Face à l'image" ?
C'est une très bonne émission qui n'a malheureusement pas trouvé son public ! Cela fait partie de nos préoccupations. On va très probablement lui redonner sa chance à la rentrée. On verra s'il faut changer le format ou l'horaire.

Concernant la fiction, vous avez annoncé une deuxième saison de "Clara Sheller".
Oui mais ce n'est pas pour la saison prochaine. Au départ, la suite n'était pas du tout prévue. Pour nous, l'histoire était bouclée. Devant le large succès du film, nous avons demandé aux auteurs et à la productrice s'il était envisageable de continuer à suivre le personnage. Ils y réfléchissent. La mauvaise nouvelle, c'est que s'il y a une suite, il va falloir qu'il lui arrive des trucs pas très sympas.

Préparez-vous, comme tous vos confrères, des docu-fictions ?
Oui. Ce sera la nouveauté principale de la rentrée. Nous allons investir, comme on l'a fait avec "Immersion totale", sur du docu-fiction. Dès cet été, on démarre "Cher Journal" qui est un docu-feuilleton. On travaille aussi sur des séries événementielles comme "Oui Chef !" pour être précis. Il nous a fallu du temps pour trouver des programmes qui adoptent les codes modernes de narration sans tomber dans les travers de la télé réalité dont nous ne partageons pas les valeurs. On l'a trouvé avec "Immersion totale". On va multiplier ces expériences. C'est en production.

On a lu que Marc-Olivier Fogiel venait souvent dans votre bureau. Avez-vous des projets avec PAF Productions ?
Oui, je l'ai vu la semaine dernière. On a un projet d'une émission spéciale de variétés à la rentrée. Un « one shot » qu'il produira mais ne présentera pas, bien évidemment.

On a pu lire que "Petites confidences entre amis", l'émission qu'Ariane Massenet présente sur Paris Première, arriverait sur France 2.
Jamais entendu parler ... à part dans la presse. (rires)

L'élection pour la présidence de France Télévisons a-t-elle compliqué votre travail pour la rentrée ?
L'élection n'a pas affecté notre travail en lui-même. Dans la chaîne tout le monde y pense car elle aura un impact sur les carrières de beaucoup de monde. Mais, ça n'a pas gêné la préparation de la grille de rentrée.

Pourquoi avoir élaboré cette grille avant cette élection ?
Le calendrier l'imposait. tout devait être bouclé avant début juillet. Si l'élection avait eu lieu début juin, le nouveau patron de France Télévisions (s'il y avait un changement) aurait pu influer sur les derniers arbitrages. Mais là, c'est trop tard. Il est de notre responsabilité qu'il y ait une grille de rentrée pour que la chaîne fonctionne. Si je dois quitter mon poste, mon successeur devra vivre avec ma grille.

Vous êtes LE spécialiste de la question, trouvez-vous votre chaîne rock'n'roll ?
Je ne sais pas. En tout cas ma vie l'est ! Travailler avec Patrick Sébastien, Thierry Ardisson, Jean-Luc Delarue, Guillaume Durand, Pascal Sevran, Michel Drucker, les documentalistes, les producteurs de fictions... c'est beaucoup plus rock'n'roll que de diriger une maison de disques ! Demandez-leur, ils vous diront, je pense, que je suis plus cool que la moyenne !

Vous semblez aimer votre job...
Oui ! C'est un des jobs les plus enviés et les plus dangereux de Paris ! Je suis dans cette maison depuis longtemps et ça se passe bien avec les gens avec qui je travaille. Par ailleurs, je suis arrivé il y a moins d'un an aux programmes de France 2. Ce serait frustrant pour moi d'arrêter maintenant.

La grille de rentrée est donc prête. Que faites-vous cet été ?
Sauf si je suis viré le 6 juillet au soir, j'enchaîne les tournages. Je vais à Florence avec Daniela Lumbroso, à Marseille pour le festival "Sunny side of the doc", aux Eurockéennes de Belfort avec Guillaume Durand pour "Trafic.music". J'irai ensuite à Montréal avec Laurent Ruquier pour l'émission "Juste pour rire". Je vais suivre également "Intervilles" d'Arles au Creusot. Je passerai quelques jours en Provence chez Patrick Sébastien. Je croiserai aussi Pascal Sevran. Et j'espère me reposer quelques jours avec ma femme et mes enfants chez mon beau-père dans les Alpilles. Il habite juste à côté de chez Michel Drucker. Je pourrai donc voir Michel. J'ai un été bien chargé !

Interview publiée le 4 juillet 2005 sur le site Imédias.biz

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