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06 juin 2005

Hervé Bourges : "Ne pas nommer quelqu'un qui serait une provocation vis-à-vis de l'Etat"

En 1999, le CSA, alors présidé par Hervé Bourges, élisait Marc Tessier à la présidence de France Télévisions. Six ans après, le mandat de M. Tessier expire et une nouvelle élection se prépare. Election qui réserve toujours des surprises. Hervé Bourges, également Président de la holding publique de 1991 à 1993, connaît parfaitement ce scrutin. Explications.

imédias : La procédure de l'élection du président de France Télévisions vient d'être lancée par le CSA. Comment sont choisis les candidats à l'élection ?
Hervé Bourges : C'est simple. Quand il faut désigner quelqu'un, soit parce qu'un mandat s'achève, soit parce qu'un président démissionne, le CSA se réunit. Pour certains mandats, renouvelable ou pas, il peut y avoir un appel à candidature ou des candidatures spontanées peuvent se manifester. Le CSA les étudie.

Sur quels critères ?
Sur la compétence, l'expérience, le professionnalisme, le sérieux de la candidature ; il y a toujours des candidatures fantaisistes qui sont éliminées rapidement. En général, on prend aussi en compte des critères propres au fonctionnement de la chaîne ou du groupe en question.

Et l'éléction en elle-même ?
Le CSA peut, mais il n'est pas obligé de le faire, entendre les candidats et entendre le président sortant s'il désire se représenter pour un nouveau mandat. Soit le CSA décide rapidement, soit une short liste est établie. Lors de la dernière élection, celle qui a vu la nomination de M. Tessier, il y a avait trois personnes retenues : Jérôme Clément, Xavier Gouyou-Beauchamps et Marc Tessier. La décision finale du CSA intervient à la majorité des membres.

Bertrand Mosca, le directeur des programmes de France 3, déclarait dans imédias que le Président de la République n'était pas «indifférent au choix du Président de France Télévisions». Y a-t-il des pressions ?
Personne n'est indifférent ! Mais je peux vous dire que quand j'étais Président du CSA, nous avions désigné le Président en toute indépendance. Cependant, nous savions très bien qu'il ne fallait pas nommer quelqu'un qui serait une provocation vis-à-vis de l'Etat actionnaire. C'est-à-dire une personne qui aurait manifesté des engagements beaucoup trop importants par rapport à une fonction qui nécessite du recul à l'égard de tous les acteurs politiques. Mais il n'y a pas de noms qui puissent être soufflés à un organisme indépendant. Si un organisme de régulation a été créé en 1982, c'est précisément pour couper le cordon ombilical entre l'Etat et l'audiovisuel. Auparavant, les Présidents étaient désignés par l'Etat actionnaire et par les gouvernements.

La fonction de Président du CSA est elle même assez politisée. Vous étiez un proche de François Mitterrand.
Non, elle n'est absolument pas « politisée ». Le Président de la République nomme trois personnes dont le Président du CSA, le Président du Sénat trois personnes et le Président de l'Assemblée Nationale trois personnes. Ils les désignent sur des critères uniquement professionnels. En 1981, je n'avais jamais rencontré François Mitterrand. Bien évidemment ils choisissent des personnalités proches, mais une fois nommées, elles doivent exercer leurs fonctions dans un souci d'indépendance et d'impartialité.

Vous avez vécu l'élection du Président de France Télévisions des deux cotés. Est-ce plus paisible en tant que candidat ou en tant qu'électeur ?
Quand on est candidat c'est plus dur évidemment. Cependant les membres du CSA prennent une responsabilité. D'une part, il s'agit d'accéder à un poste de responsabilité. D'autre part, il s'agit de mettre en œuvre ces responsabilités. Ce n'est pas si paisible...

Le « Grand Oral » est un moment qui semble être éprouvant. En gardez-vous des frissons ?
Oui oui ! Il faut du sang froid ! Et savoir ce qu'on a à dire.

Cela exige-t-il une préparation ?
La préparation est permanente. Quelqu'un qui est candidat doit bien maîtriser son sujet.

Est-il opportun de faire campagne ?
Campagne auprès de qui ? C'est le CSA qui décide. Faire campagne me paraît quelque chose de vain et de déplacé.

Auparavant, le Président de France Télévisions était un journaliste. Marc Tessier est énarque. Cette distinction est-elle importante ?
Ce qui importe c'est la qualité des hommes. Cette fonction exige quelqu'un qui soit à la fois un bon gestionnaire, un homme d'entreprise, et un développeur. Et si en plus c'est un bon professionnel, c'est parfait ! Moi, je préférais toujours que ce soit un journaliste qui soit nommé. Mais si le choix doit se faire entre un bon journaliste et un « non-journaliste » qui possède de meilleures qualités, il ne faut pas hésiter !

Les mécanismes de gestion des grandes entreprises permettent-ils toujours d'attribuer cette fonction à un journaliste ?
Oui. Je suis journaliste et j'ai dirigé des entreprises audiovisuelles en bon gestionnaire, je crois.

Soutiendrez-vous la candidature de Marc Tessier?
Je ne le ferais pas pour ne pas gêner mon successeur. J'ai dit tout le bien que je pensais de Marc Tessier. Nous l'avions nommé avec un large consensus au sein du CSA. J'ai redit récemment que j'avais de l'estime pour lui. Maintenant sa re-nomination, s'il est candidat, ne me regarde nullement. Par loyauté, je ne me prononce jamais sur les décisions prises par le CSA.

Avez-vous un devoir de réserve vis-à-vis du CSA ?
Tout membre du CSA ayant quitté ses fonctions a un devoir de réserve d'un an. J'ai quitté le CSA en janvier 2001, j'ai ma liberté de parole. Mais par solidarité avec cette institution, je ne prononcerai jamais de jugement sur la manière dont le CSA exerce ses fonctions.

Dans votre dernier essai, Sur la télé : mes 4 vérités, publié en février chez Ramsay, dans un élan d'optimisme vous écriviez que le printemps 2005 sera en matière de télévision, «le printemps de la production et des créateurs». Au regard des deux premiers mois, êtes-vous toujours aussi optimiste ?
Je ne porterai pas de jugement après deux mois. J'ai dit qu'à partir de mars 2005, la qualité de l'image et du son des nouvelles chaînes numériques, permettrait aux créateurs d'essayer d'apporter quelque chose de nouveau. On ne peut pas porter un jugement après deux mois. On ne pourra le faire que dans deux ans.

Il y a quelques jours, le CSA a annoncé la liste des chaînes retenues pour la deuxième vague de lancement de la TNT. La place prépondérante laissée à la télévision privée est-elle dangereuse ?
Non, à condition qu'il y ait un équilibre. Cet élargissement ne remet pas en cause l'équilibre qui existe actuellement entre le public et le privé.

On constate l'émergence du groupe Lagardère. Les regroupements dans l'audiovisuel ne sont-ils pas inquiétants ?
Il est bon qu'il y ait des groupes importants. En France, il existe des règles qui ne permettent pas tout. Le gouvernement a mis en place une commission chargée de faire une étude sur la concentration dans les médias français. Leur rapport sera intéressant.

Monsieur le Président, merci.

Interview publiée le 6 juin 2005 sur le site imédias.biz

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