28 mars 2005
Serge Moati : "Je suis une sorte de Columbo de l’investigation"
Avec le lancement de la TNT, France 5 va émettre 24h/24. Pour ses prime times, la chaîne a fait appel, entre autres, à un de ses animateurs emblématiques : Serge Moati. Dimanche 10 avril à 21h00, il inaugure une nouvelle série documentaire : « Mes questions sur... ». Dans cette série, il plonge dans la vie de ses concitoyens afin de découvrir des univers qui lui sont étrangers et dont il est curieux. Résultats : des tranches de vie fascinantes et instructives. Par une matinée ensoleillée, nous sommes allés à la rencontre de cet animateur singulier. Nos questions sur... Serge Moati.Imedias : Dans votre nouvelle série documentaire, vous vous posez « des questions sur... ». Mais sur quoi ?
Serge Moati : Je pose des questions personnelles, mes propres interrogations par rapport aux gens que je croise. Je vais à la rencontre de joueurs, de femmes homosexuelles, de ceux qui vivent reclus du monde... Je vais à leur rencontre avec mes préjugés, mes complexités, mes troubles pour essayer de les comprendre. Ce n'est pas un magazine d'investigation au sens classique. C'est de l'investigation personnelle.
Avez-vous trouvé des réponses ?
Quelques-unes oui ! Mais ce n'était pas mon moteur. Si cela répond aux interrogations des téléspectateurs, ce que j'imagine, c'est tant mieux !
Vous êtes très présent à l'écran. Etes-vous mégalo ?
Non ! Ce n'est pas moi qui ai réalisé. C'est le parti pris de la réalisatrice. C'était aussi la volonté de la chaîne à laquelle je suis très identifié. Ils avaient envie d'un film très personnalisé, à la première personne. Ce n'est pas de la frime. J'expose clairement mon point de vue. Je pense, j'espère, que les spectateurs peuvent s'identifier à ma démarche. Je ne pense pas que les journalistes doivent être de la planète Mars, d'un monde incroyable où il y a les savoirs concentrés. Je voulais que ma démarche soit visible. Je dis très clairement que « je ne sais pas et j'ai envie de comprendre ». C'est une position humble qui peut surprendre.
Vous parlez aussi de vous, de vos fantasmes, de vos sentiments, de votre religion aussi. N'êtes-vous pas gêné par cette implication ?
Pas du tout ! Je suis plus dissimulé que j'en ai l'air. Il y a des choses de moi qui sortent, des choses intimes. Ce n'est pas grand-chose. Et j'en ai vu d'autres si j'ose dire.
Pourquoi intervenez-vous personnellement dans les documentaires ?
Je suis partie intégrante de ce magazine. Je suis mis en scène comme dans une fiction : je passe la nuit dans un monastère, je suis hypnotisé... Je suis un personnage de fiction dans « Mes questions sur... », une sorte de Columbo de l'investigation. Cela introduit de la fiction dans une enquête très réelle.
En parlant de forme. Il y a un slogan qui pourrait être celui de vos émissions, c'est « A fond, la forme ». Pourquoi la forme est-elle toujours si visible ?
La forme est visible oui ! Elle permet de dire : « Ne soyez pas dupe vous êtes dans un spectacle ». On ne la cache pas mais elle ne doit pas tuer le fond. Sinon elle est contreproductive.
Quelle place une approche documentaire laisse au débat ?
Il n'y a pas de place pour le débat où parfois il y a tellement d'intervenants que l'on passe d'un truc à l'autre ! Là, ce sont des face-à-face. Je parle avec des personnes. C'est une quête filmée. C'est un voyage au pays de quelque chose.
Comment le cinéaste est-il devenu animateur-producteur ?
Je n'ai jamais abandonné le documentaire. J'ai quitté un peu la fiction et cela me désole ! Je ne peux tourner que l'été. L'été dernier, j'ai réalisé « Capitaine des ténèbres », une fiction qui se passe en Afrique noire pendant la colonisation et qui sera diffusée à la rentrée sur France 2 et Arte. « Ripostes » est arrivé par hasard dans ma vie. Mais rien n'arrive complètement par hasard. Depuis l'âge de 20 ans, je travaille à la télévision. J'ai toujours fait des documentaires et des fictions. Il y a chez moi un désir de comprendre, de me rapprocher des autres. Je suis tout le temps en éveil. Cette curiosité est au centre de ma vie ; ce n'est pas une coquetterie professionnelle. Je rêve de savoir comment vivent les gens. « Ripostes » m'a permis de satisfaire cette curiosité.
Lors de la 200e de « Ripostes » vous témoigniez du plaisir que vous avez à animer ce magazine. Et aujourd'hui ?
J'ai toujours un immense plaisir à animer « Ripostes ». Je m'amuse. J'ai l'impression de faire avancer les idées, de faire parler des gens qui sans moi ne se seraient pas rencontrés, d'offrir à la télé de vrais débats qu'on ne voit pas ailleurs. Je suis heureux que l'émission soit un espace de liberté. Les gens parlent autrement sur le plateau. Et aujourd'hui, c'est l'émission de débat la plus regardée. Le public est très large, très composite, pas uniquement des CSP+. Et j'aime beaucoup être celui par qui ça passe. Je me sens responsable. Il faut que les gens sentent qu'ils comprennent ! Je fais de la vulgarisation mais dans le bon sens du terme. Quand je ne comprends pas un mot, par exemple, je me le fais expliquer. Je ne me prends pas pour quelqu'un de supérieur aux gens qui viennent et qui écoutent. Je ne suis pas dans la connivence.
Vous allez produire pour TF1 une série, « Mademoiselle Joubert », avec Laurence Boccolini. Est-ce un remake du « Dirlo », la série avec Jean-Marie Bigard que vous aviez produite et qui a été enterrée suite à un différend avec Bigard ?
Laurence jouera une institutrice, effectivement, mais c'est le seul point commun qu'elle ait avec « le Dirlo ». Les deux séries n'auront pas de rapport mais je ne peux pas vous en dire davantage. J'ai connu Laurence il y a des années quand elle était auteur de sketchs. En la voyant dans Le maillon faible, j'ai pensé que c'était une actrice incroyable. Maintenant qu'elle est rentrée, avec son casque, de la Première Compagnie, le tournage va pouvoir commencer !
Une fois de plus, on ne vous attend pas comme producteur de ce type de fiction.
Oui et je m'en fous ! On ne m'attendait pas animateur non plus. Si j'étais là où on m'attendait, je serais encore dans la cour de mon lycée à me demander ce que je pourrais faire quand je serais grand !
Très clairement, produire une fiction sur TF1 vous permet de faire des productions moins rentables sur France 5 ?
Oui ! J'ai une boîte de production, il faut qu'elle tourne. Sur France 5, je fais des productions enrichissantes mais pas forcément rentables !
En 2007, il y aura des élections présidentielles et législatives. Etes-vous dans les starting-blocks ?
J'irai quand ça m'excitera. J'attends un point de vue. Pour la dernière Présidentielle, j'avais trouvé un angle intéressant. Pour l'instant, je ne sais pas qui seront les acteurs. J'ai souvent suivi Le Pen mais cette fois-ci, à mon avis, il ne se présentera pas.
On vous l'a d'ailleurs reproché...
Les cons me l'ont reproché ! C'est pourtant le plus intéressant à filmer ! Humainement c'est très enrichissant de suivre Le Pen. Ce qu'il y a de plus fascinant, ce sont les gens qui ne pensent pas comme vous, qui ne vous ressemblent pas du tout. S'immiscer dans leur campagne, dans leurs idées, dans leur vie, est passionnant !
Quels sont les autres projets de votre boîte de production Images et compagnie ?
Beaucoup de fictions et de documentaires pour presque toutes les chaînes. On va également produire la « Cérémonie des Molières ». Je vais mettre en scène la soirée. Les organisateurs sont venus me chercher et l'idée m'a plu.
En janvier 2004, on vous annonçait en grande pompe comme chroniqueur dans « On peut pas plaire à tout le monde » le dimanche soir. Vous avez fait un papier et puis terminé. Les faibles audiences de Marc-Olivier Fogiel sont décourageantes ?
Je n'avais pas le temps pour faire ça chaque semaine, c'était difficilement conciliable avec ce que je fais par ailleurs. Et j'ai senti que ça n'était pas du tout mon truc ! Lors de la première, avec Chabrol, on s'est demandé ce qu'on foutait là ! C'est trop ritualisé. Le rythme effréné et les applaudissements sur commande sont un peu fatigants. Le dimanche soir, on a besoin de douceur et de tendresse. Honnêtement, je préférais le vendredi soir. Il y a toujours quelque chose de curieux, de l'électricité qui passe mais ça n'est plus intimiste. Je trouve que Marco vaut mieux que ça ! Et je le dis d'autant plus que je l'aime beaucoup et qu'il a beaucoup de talent !
Etes-vous bien, vraiment si bien, sur France 5 ?
En tant qu'animateur absolument. On a créé quelque chose en commun. La chaîne était très jeune quand je l'ai rejointe. Nous avons grandi ensemble, nous nous sommes tant aimés...
Et vous ne vieillirez pas ensemble ?
C'est tellement lointain ! On verra plus tard...
Interview publiée le 28 mars 2005 sur le site imedias.biz
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