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25 mars 2005

Dominique Baudis : "La rapidité du développement de la TNT est sans précédent"

A l'occasion du lancement de la TNT, Dominique Baudis, le président du CSA, répond à nos questions. Interview inédite.

Imedias : La TNT débarque le 31 mars. 35% de la population sera susceptible de recevoir ces chaînes et seule une minorité semble être équipée. Ne craigniez-vous pas un démarrage confidentiel ?
Dominique Baudis : Les chaînes nationales gratuites de la TNT viennent de commencer à diffuser leurs programmes. C'est un événement unique dans l'histoire de la télévision en France. La télévision, pour la très grande majorité des Français, se résumait à cinq chaînes hertziennes en clair. Avec la TNT, l'offre de programmes a été multipliée par trois pour plus d'un tiers de la population! Les courriers que nous recevons, et les sondages réalisés auprès des téléspectateurs, montrent que la TNT est largement sortie du cercle confidentiel dans lequel elle a été conçue. Près de 7 Français sur 10 sont informés de l'arrivée de la TNT et plus de 25% d'entre eux déclarent déjà vouloir s'équiper d'un adaptateur, et ce, alors même que la campagne préparée par les opérateurs en direction du public, a à peine commencé. Pour l'instant, en effet, la TNT concerne 35% de la population, c'est à dire plus d'un tiers des Français : ce n'est pas rien. Plus de la moitié aura accès à la TNT dès septembre prochain, puis 65 % au cours du premier semestre 2006, pour atteindre 85% début 2007. Tous les lancements de nouveaux services de télévision se sont produits de la même manière avec une couverture progressive du territoire. La rapidité du développement de la TNT est sans précédent.

Pourquoi une si petite partie du territoire est-elle équipée alors que l'on parle de la TNT depuis des années ?
Le déploiement de la TNT est une opération technique de grande envergure. Elle requiert de nombreux réaménagements de fréquences partout en France. Le CSA a préféré un lancement progressif afin de vérifier, site par site, que l'émission et la réception des signaux fonctionnent correctement et d'éviter tout brouillage ou interférence avec les signaux analogiques.
Le CSA a choisi en priorité les bassins où la population est importante et où le spectre hertzien est peu chargé. Les délais sont accrus dans les régions frontalières, notamment dans l'est de la France, car il faut que nous négociions la gestion des fréquences avec nos voisins. Ce sont des négociations délicates. Le taux de couverture maximale, 85% de la population, devrait être atteint en 2007. Le sort des autres téléspectateurs, il s'agit souvent de personnes résidant dans des zones de montagnes et frontalières, appelle une action des pouvoirs publics. Il est très important de réfléchir aux moyens qui permettraient à tous les Français de pouvoir bénéficier des chaînes gratuites de la TNT. L'enjeu est très important surtout dans la perspective de l'arrêt de la diffusion analogique et la restructuration du spectre. C'est pourquoi le CSA a proposé de créer un groupe de travail spécifique associant le Conseil et la Direction du développement des médias. Il faut parvenir à trouver des solutions juridiques et techniques aptes à remédier à cette inégalité.

A partir du 7 juin 2005, 8 canaux supplémentaires pourront commencer à émettre de nouvelles chaînes de télévision. Pourquoi un lancement en deux étapes ?
Le 14 décembre dernier, le CSA a lancé un nouvel appel aux candidatures pour 8 canaux disponibles en TNT. Cette seconde vague d'attribution des fréquences fait suite à l'annulation de six autorisations de chaînes par le Conseil d'État en octobre dernier (i>télé, Sport+, Planète, Ciné-Cinéma Premier, Canal J et iMCM), pour des raisons de pluralisme et de concentration capitalistique. A ces 6 canaux libérés se sont ajoutés 2 canaux supplémentaires, trois autres chaînes ayant souhaité rendre leur fréquence (Match TV d'une part, et Cuisine TV et Comédie d'autre part qui devaient se partager le même canal). Au total, ce sont donc huit canaux qui sont actuellement en attente d'attribution. Nous avons pu constater que cet appel du 14 décembre dernier a suscité un véritable engouement parmi les opérateurs audiovisuels. Le 11 mars dernier, 35 candidatures ont été déposées au CSA. Tous ces candidats vont bientôt devoir défendre leurs projets devant le Conseil. Les auditions seront publiques, elles auront lieu au Sénat du 18 au 21 avril.

Au moment de choisir les chaînes de la TNT, le critère économique n'a-t-il pas prédominé sur la diversité culturelle ? L'harmonie entre les grands groupes audiovisuels n'a-t-il pas été l'argument principal ?
Pour sélectionner les chaînes de la TNT, le CSA a dû tenir compte des critères fixés par la loi, en particulier la pluralité des programmes, la contribution à la création audiovisuelle et cinématographique, et bien sûr, aussi, la solidité économique des dossiers. Le succès de la TNT dépend largement de la capacité des nouvelles chaînes à s'imposer dans la durée. Le CSA a également souhaité un équilibre entre les différentes offres de programmes, afin de satisfaire l'ensemble du public. La priorité du CSA est avant tout l'intérêt du public, de sorte qu'il ait la liberté de choix la plus large, dans une offre de programmes diversifiée. Nos critères seront les mêmes pour les huit nouvelles chaînes que nous allons sélectionner dans les semaines qui viennent.

Le marché publicitaire devra supporter et financer a priori une quinzaine de chaînes gratuites. N'y a-t-il pas un risque d'asphyxie ?
Le marché publicitaire n'est pas extensible à l'infini, il a des limites dont il faut tenir compte. Le CSA doit donc veiller à ménager un équilibre entre l'offre gratuite et l'offre payante. L'économie du secteur ne pourrait sans doute pas soutenir plus de quinze à vingt chaînes gratuites. Le nombre de chaînes gratuites devrait se situer dans cette fourchette.

Les Français attendent des nouvelles chaînes de la TNT qu'elles offrent des alternatives et qu'elles révolutionnent le PAF. Les grilles de programmes rendent plutôt sceptiques. Les prochaines chaînes attribuées permettront-elles cette diversité ?
Pour l'instant, la TNT est exclusivement constituée de chaînes gratuites, et déjà les téléspectateurs ont accès à des programmes de grande diversité. Il y a le choix entre des formats, des styles, des lignes éditoriales, des modes de télévisions tout à fait différents. Il y a de la télévision de divertissement, il y a de la télévision à forte teneur culturelle. La TNT a donné l'occasion à France 4, la nouvelle chaîne du groupe France Télévisons, de construire une grille de programmes autour du divertissement culturel, avec un parti pris en faveur des spectacles en tous genres : le cinéma et la fiction, la musique et théâtre, et, bien entendu, le sport. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l'offre de programmes culturels et éducatifs a été largement agrandie avec la TNT, car France 5 et Arte n'ont plus à se partager la même fréquence. Dorénavant, elles émettent chacune sur son propre canal. Et puis la TNT, c'est aussi une meilleure place accordée à l'actualité et débats, notamment avec la chaîne parlementaire. Cela dit, désormais, le succès est entre les mains des opérateurs. A eux de nous convaincre. Le public est disponible, il a des attentes fortes qu'il ne faut pas décevoir.

Le Gouvernement a préféré le MPEG-4 pour l'offre payante. Regrettez-vous cette décision qui introduit une complexité supplémentaire dans ce dossier ?
Le choix de la norme de diffusion est une question technique qui n'intéresse pas les téléspectateurs. Au départ, un arrêt ministériel préconisait le Mpeg-2. C'est d'ailleurs la solution qui a été retenue par tous les pays européens. Mais en juin dernier, la question de la norme de diffusion s'est reposée en France. Le CSA a alors estimé qu'il était impossible d'abandonner le Mpeg-2 au profit du Mpeg-4, l'autre norme de diffusion, quelques mois seulement avant le lancement de la TNT gratuite. C'est pourquoi nous avons conseillé au Premier ministre de conserver le Mpeg-2 pour l'offre gratuite. Si le MPEG4 avait été préféré au MPEG2 pour les chaînes en clair, le lancement de la TNT gratuite aurait été largement différé. Il n'aurait pas pu être effectif au 31 mars plus pour plus d'un tiers des Français.

Interview co-réalisée avec Julien LALANDE publiée le 29 mars 2005 sur le site imédias.biz

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