24 janvier 2005
Stéphane Guillon, un "sale gosse" du PAF
Stéphane Guillon non plus ne plaît pas à tout le monde ! Les invités de "20H10 pétantes", victimes de ses portraits acerbes, peuvent en témoigner. Certains se sont plaints. En vain. Le public, lui, ne s'est pas trompé et semble adhérer à son humour acide si personnel. Son apparition quotidienne est une des bonnes raisons de regarder Canal+ le soir. Rendez-vous avec ce chroniqueur singulier dans sa loge après une journée d'enregistrement.Imédias : En septembre, "20H10 pétantes" est revenue dans une nouvelle version, avez-vous modifié votre chronique ?
Stéphane Guillon : Non, c'est sensiblement la même chose sauf qu'il y a trois invités. Donc j'ai un peu le choix on va dire...
Justement, comment s'effectue ce choix ?
Comme j'ai redoublé, il y a des invités qui reviennent : ils s'éliminent d'office. Je lis la biographie de chacun et après c'est un peu une question de feeling. Parfois, il y a plus de matière sur l'un que sur l'autre.
Et la "matière", c'est quoi ?
Un artiste qui a quelques casseroles, comme on dit, c'est intéressant ! Cela dit quelqu'un qui en a vraiment beaucoup, ce n'est pas évident. Si vous faites un papier sévère, on va vous dire que vous tirez sur une ambulance. Il faut se méfier des facilités. Il n'y a pas de papiers faciles, ni d'invités faciles. Pour un lofteur ou quelqu'un de la Star Ac' ça peut paraître simple mais ils ont de tout petits CV et peu de matière. Ce sont de faux cadeaux et de fausses bonnes surprises.
Qu'est-ce qui caractérise le "style Guillon" ?
Il y a un "style Guillon" ! Je sais pas... il n'y a pourtant pas de recette ! Ça m'ennuierait de me mettre à faire "du Guillon" ! J'essaie d'un invité à l'autre, d'un papier sur l'autre, de me renouveler. Pour changer, je fais de temps en temps des papiers sur le thème de l'émission ou des papiers de brèves sans parler de l'invité. Pour répondre à votre question, ma patte est dans le décalage, dans l'humour assez noir, l'air de ne pas y toucher, un peu sale gosse.
Et pas mal de nonchalance ?
Je ne suis pas du tout nonchalant dans la vie. Vous imaginez si j'étais dans la vie ce que je suis à l'écran ! Au contraire, je suis plutôt angoissé. Mais vu ce que je balance, si j'arrivais hyper sérieux et contracté ça ne ferait pas rire. Ce qui est marrant c'est le pendant, c'est dire des horreurs avec un grand sourire et une totale détente !
Ça a l'air de fonctionner ! Il y a tous les soirs un pic d'audience pendant votre papier.
Il paraît. Pour être franc tout ça c'est un peu du chinois pour moi les parts de marché, les audiences... Mais, c'est très gratifiant d'avoir deux millions de personnes qui tous les soirs guettent vos billets d'humeur. Ça me fait très plaisir.
Votre producteur relit toujours vos papiers ?
Il n'y a que le producteur qui relit les papiers mais il me laisse une liberté totale, vraiment totale.
Stéphane Guillon a- t'il "l'esprit canal" ?
Je ne sais pas mais Canal + me donne la possibilité de dire ce que je veux ! Je suis sûr que j'ai un tas de petits camarades sur d'autres chaînes qui sont bridés. Ce que je dis depuis la rentrée sur le tsunami par exemple ne passerait pas dans une émission traditionnelle. C'est pour ça qu'il faut parfois être outrancier, qu'il faut pousser les feux parce qu'on ne peut plus rien dire aujourd'hui : pas de vannes sur les homosexuels, sur les religions ni sur les ethnies... Au secours ! Canal me laisse libre et c'est extrêmement important. Les autres chaînes sont incroyablement frileuses.
Cependant, la chaîne communique moins sur l'émission cette saison.
Mais, nous n'avons pas de rapport avec Canal+ dans le sens où la production SEP (Société européenne de production) est indépendante et qu'elle vend l'émission clé en main à Canal. Après que la chaîne communique ou ne communique pas sur ses animateurs et ses chroniqueurs, je m'en tamponne un peu ! Vous savez le public nous aime, et c'est tout ce qui m'importe.
Vous avez dit dans "Le Parisien" que vous arrêtiez en juin ?
Ah j'ai dit beaucoup de conneries dans "Le Parisien" ! Je vais arrêter un jour c'est sûr mais... je ne sais pas quand ! J'ai envie de faire des trucs à côté que je n'ai pas le temps de faire. C'est tellement de travail... C'est une telle astreinte d'écriture même s'il y a beaucoup de joie et de satisfaction. Je sais très bien que c'est une vitrine que je n'aurai pas toujours. Donc, je n'en sais rien. Vraiment !
Carlier est chez Fogiel, Baffie chez Ardisson, Cauet vous a-t-il proposé de jouer les snippers ?
Non ! Il nous a invités une fois avec Stéphane Bern et on n'y est pas allé. Faire le snipper, ce n'est pas pour moi. Il faut être très spontané et je ne pense pas savoir le faire. Baffie est incroyable ! L'invité face à lui commence à peine à formuler sa phrase, qu'il a déjà sa vanne. C'est un vrai talent que je n'ai pas. Je suis plutôt bon quand je prépare la chose par écrit. Donc aller faire le snipper, non a priori.
Que pensez-vous des prestations de Guy Carlier dans "On ne peut pas plaire à tout le monde" ?
Je pense beaucoup de bien de Guy. Mais je ne sais pas si c'est le meilleur média pour lui. Quand on fait des billets d'humeur aussi brillants que le fait Guy, peut-on rester après avec les invités ? Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée ! C'est pour ça que moi je m'en vais. C'est absurde de débattre après avec les gens. On est là pour faire rire, pour caricaturer, pas pour discuter.
Mais partir, comme vous le faites, amplifie aussi la vacherie.
De toute façon, on a tout essayé. Dans le pilote avec Nadine de Rothschild, je suis resté après le papier. Une discussion s'est instaurée entre elle et moi, c'était grotesque. Je ne suis pas là pour dire ce que je pense de l'invité, je suis là pour le caricaturer, pour faire rire, pour faire un effet à chaque phrase. Alors effectivement, ça peut paraître outrancier. Ca n'est pas conforme à la réalité parce que pour faire rire, vous êtes obligé d'accentuer !
Parfois vous accentuez beaucoup !
Oui mais pour certain il faut ! On fait le pendant avec tout le coté bien pensant. On l'a vu avec les événements en Asie. C'est insupportable. On met du crêpe noir aux Champs Elysées, on fait des minutes de silence dans les écoles et les caméras de France 2 et TF1 viennent filmer tout ça. On gave les gens de bons sentiments jusqu'à l'indigestion. On racle bien les plaies. C'est l'indigestion ! Il est nécessaire que certains disent merde et s'amusent avec ça sinon les gens étouffent. On est des bulles d'oxygène.
Sans remonter jusqu'à "l'affaire Dieudonné", croyez-vous qu'on puisse rire de tout aujourd'hui ? Avez vous des limites ?
Les limites sont mes propres limites. La religion, le conflit israélo-palestinien ne sont pas des thèmes qui m'inspirent beaucoup. Ce sont des choses que je ne connais pas bien et que je ne maîtrise pas. Par contre : les vieux, la vieillesse, la mort, la canicule, les catastrophes naturelles, les crashs, les belges, le petit Grégory, le Téléthon, l'âge d'Orlando... ça me fait marrer. Il faut bien rire un petit peu !
Êtes-vous toujours en procès avec Orlando ?
Il n'y a jamais eu de procès ! J'ai reçu une lettre de son avocat qui m'avertissait que si je continuais à donner son âge dans les médias il m'attaquerait et je n'ai jamais été inquiété. J'ai gardé la lettre comme une décoration ! J'ai bien évidemment enfoncé le clou derrière. C'est totalement crétin ! Il suffit d'interdire à quelqu'un de ne pas faire quelque chose pour qu'il en fasse des tonnes. Surtout à un humoriste un peu sale gosse !
Vous avez joué récemment dans un très beau film "Une vie à t'attendre" de T. Klifa. A quand votre retour au cinéma ?
J'ai des projets ! Mais c'est difficile... je n'ai malheureusement pas le temps ! Depuis mes 17 ans je veux faire du cinéma. C'est mon premier métier, j'ai fait des écoles pour ça. Les gens me connaissent par la télé mais j'ai un passé d'acteur derrière moi. J'ai commencé par le ciné et le théâtre. Puis j'ai fait un one man show où l'on m'a repéré et puis la télé est arrivée...
Et votre one man show ?
Normalement, je suis en septembre sur une scène à Paris. Il faut que j'étoffe un peu le spectacle, que j'écrive de nouvelles choses. Mais là encore j'ai un problème de temps et d'énergie. Après avoir craché mes 5 papiers pour Canal et mon papier pour Inter à la fin de la semaine je suis lessivé. Il faudrait que je trouve l'énergie d'écrire pour moi sur ma journée de repos, et j'avoue que j'ai du mal.
Stéphane Bern réfléchit à des rénovations pour son émission de France Inter "Le Fou du roi". Une partie de l'équipe serait sur le départ. Et vous, continuez-vous ?
Je n'en sais rien, il faut demander à Stéphane Bern ! On verra bien. Attention, je ne m'en fous pas, mais là je dépends du désir de l'autre. Il faut que Bern et Inter aient envie de me garder. Si Stéphane me dit de continuer sur la nouvelle émission, je serais ravi ! Sinon tant pis, je ferai la sieste ou justement j'écrirai pour moi ! Mais si votre question est : est-ce que je suis angoissé ? Et bien non ! J'ai le luxe d'avoir "20h10 pétantes". Je fais mon coq, c'est facile, mais si ça s'arrête, je ne serais pas à la rue. Je ne serai pas le plus malheureux.
On vous entend souvent tailler la Star Ac' ou les émissions de variétés, que regarde votre fils à la télé ?
Il regarde ce qu'il veut ! Vous savez je fais comme tout le monde, je regarde des merdes à la télé, je lis des journaux à potins. Je lis "Gala" quand Carlier me le passe. C'est amusant et c'est des mines pour nous ! Savoir que Hugh Grant a fait du pédalo pendant ses vacances ou que Johnny s'est fait lifté, ça peut toujours servir. Ça fait de la matière !
Interview publiée le 24 janvier 2005 sur le site Imedias.biz
00:05 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note












Les commentaires sont fermés.