06 février 2012
Rest In Pub
Il aurait sans doute préféré une mort plus rock and roll : romanesque comme celle de son idole Elvis qui succomba, à 42 ans, d'un excès de médicaments après avoir sombré dans la boulimie ou théâtrales comme celles de Jimi Hendrix ou de Bon Scott qui périrent étouffés dans leur vomi un soir de forte dose. Non, Christian Blachas est décédé hier après-midi suite à une mauvaise opération. Il avait 65 ans. Mais en brillant communicant, il est parti à temps pour le journal de 20 heures et avant cette fameuse soirée du dimanche qu'il avait rendu moins déprimante pendant 18 ans, avec son cultissime Culture Pub.
Passionné par la communication, Blachas a importé en France la presse spécialisée sur l'actualité de la pub'. Il crée les deux piliers du secteur (Stratégies en 1971, puis CB News en 1986) et, en 1987, l'émission Culture Pub (qui est toujours à l'antenne sur NT1). Peut-être parce qu'il était diffusé juste avant le film érotique, ce magazine de M6 (et son générique mythique) était connu de tous et a donné la vocation à une génération de pubards, ceux qui étaient ados dans le années 90. Les jeunes recrues de Publicis, Fred & Farid, BETC, DDB ou l'Agence H sont tous les enfants de Blachas.
Il était vraiment passionné par ce secteur qu'il connaissait par coeur et qu'il aimait bousculer. Il applaudissait ceux qui mouillaient le maillot et fustigeaient les branleurs, sans se soucier des conséquences. Il avait su se forger une image de vieux sage dont les critiques étaient par principe pertinentes. Le monde de la com' regrettera son parrain.
Au quotidien, Christian Blachas aimait quand ça bouillonnait, quand on riait, quand on défendait ses avis bec et ongle, quand on débattait à coup de slogans formules clinquantes. Il aimait parler de pub, de télé, de foot, de la presse, de marques, d'Elvis et du PSG (sur ces deux points il ne faisait vraiment pas l'unanimité) autour d'une clope et d'un whisky. Il était un patron rock and roll et atypique. C'était passionnant de travailler avec lui. Il a fait confiance (et donné une première chance) à des jeunes passionnés. Après 40 ans de carrière, il avait constitué autour de lui une équipe de casse-couilles d'esprits critiques. Une famille d'adoption dont il était le père, ou le grand-père pour les plus jeunes. Je suis très fier d'en avoir fait rapidement partie. A tout ceux-là, il va manquer très fortement.
Ba doum Bye, M. Blachas. Et merci pour tout.
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09 septembre 2011
Canal explose le PAF
Canal+ a réussi un très bon coup en achetant les chaînes du groupe Bolloré (Direct 8 et Direct Star). En possédant trois chaînes gratuites sur la TNT, elle devient le leader incontestable d'un PAF qui n'a pas fini d'être secoué.
Un coup de maître! Pour 465 millions d'euros, Canal+ s'est offert hier les chaînes du groupe Bolloré, Direct 8 et Direct Star. L'info n'avait pas fuité et son annonce a fait l'effet d'une bombe. Après le passage en gratuit (pas forcement réussi) d'i<Télé, le groupe met définitivement un pied dans la télévision gratuite. Cela fait plusieurs mois que Canal veut s'installer sur la TNT. En mars dernier, le groupe annonçait vouloir lancer début 2012, sur son canal bonus, "une chaîne généraliste, ambitieuse, avec une ligne éditoriale très qualitative qui s'adressera à un public large mais exigeant" doté d'un budget très important (200 millions d'euros par an).
Canal y aurait rediffusés tous les contenus premiums (films, foot, séries, etc.) que la chaîne cryptée diffuse à longueur d'année. Cette deuxième fenêtre de diffusion lui aurait garanti d'obtenir le meilleur des contenus et fasse la différence par rapport à ses concurents de la télé mais aussi aux géants du web amateurs de contenus plus ou moins légal. De quoi se débarquer des autres chaînes de la TNT où le niveau des programmes est affligeant : entre films maintes fois rediffusés et émissions cheaps sur la télé-réalité. Un projet qui a fait peur à TF1, M6 et compagnie car il les aurait forcer à revoir leur offre de programmes, investir fortement dans les achats, la production, etc., et revoir le modèle économique de W9, TMC et NT1 qui font des bénéfices faciles...
Suite aux protestations, aux ripostes juridiques et aux multiples recours (un rapport du CSA est attendu ce lundi et un avis de la Commission européenne dans 15 jours), Canal+ a changé de tactique et a sorti son chéquier pour s'offrir ses canaux que les pouvoirs publics tardaient à lui donner. Et a jeté son dévolu sur le le plus gros des trois groupes indépendants encore sur le marché.
Une stratégie bien pensée, bien menée, en deux mot : "extrêmement intelligente". Quand on se souvient qu'il y a à peine 10 ans, à la fin de l'ère Jean-Marie Messier et Pierre Lescure, Canal+ était moribonde, on ne peut que conclure que Bertrand Méheut, le président du groupe, (ainsi Jean-Bernard Lévy, le patron de Vivendi, la maison mère, et son directeur général Rodolphe Belmer) est bien le patron médias le plus brillant du PAF. Le retournement de Canal+ est la destinée plus marquante de la décennie.
Mais que fait TF1 ?
Il est hallucinant que TF1 ne fasse toujours rien de TMC et de NT1 depuis leur rachat en 2009. La Une pourrait marketer de façon maligne les deux chaînes et, malgré quelques contraintes juridiques dans la programmation, diffuser des soirées séries, des rencontres sportives ou des avant/après soirées sur ses primes évènement comme le font M6 et W9 ou les chaînes de France Télévisions. Espérons que Canal+ force TF1 à réagir et tire vers toute la TNT vers le haut. Il est très probable que Canal aille recruter de nouveaux animateurs et qu'on ait un mercato important à la mi-saison. Il serait également surprenant que M6 se laisse faire. Avec deux chaînes gratuites seulement, la Six semble bien petite face à TF1 et Canal+. il ne serait pas surprenant que Nicolas de Tavernost, dès ce matin, fasse des propositions de rachat de BFMTV ou NRJ 12, dont la cote va devenir très forte. A moins que ces deux-là ne préfèrent se rapprocher pour résister ou se fasse racheter par un acteur d'internet (Orange au hasard !)
Il est amusant tout de même de se souvenir qu'au lancement de la TNT en mars 2005, les nouvelles chaînes appartenaient toutes à de petits groupes indépendants (Groupe AB, Alain Weill, NRJ, Bolloré, Lagardère, etc.) Six ans après, elles appartiennent majoritairement au plus gros groupes. La concentration a frappé et emporté les espoirs de diversités. Une nouvelle qui devrait faire progresser les programmes de télévision. Et ce n'est peut-être pas si mal.
09:41 Publié dans A la Une, Focus, In the press, La Palme, Le chiffre du jour, Overdose | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
20 juillet 2011
Un "petit garçon" dans le CAC
Cette vidéo hallucinante d'Arnaud Lagardère circule aujourd'hui sur le web. On y voit le patron du groupe médias qui réalise 8 millairds de chiffre d'affaires (et actionnaire du groupe d'armement européen EADS) parler de sa relation avec Jade Foret en marge d'une séance photo pour Le Soir magazine (un titre belge). "C'est sérieux (...) Ca fait 5 mois, 5 mois et demi même ! Ca fera 6 mois le 14 juillet", dit le milliardaire avec un sourire mièvre.
En faisant tomber le masque sérieux qu'il arbore à chacune de ses sorties cravatées officielles, Arnaud Lagardère a voulu afficher sa décontraction. Mais c'est sa légèreté qui saute au visage. C'est pathétique de voir un homme de 50 ans se comporter comme un ado immature. Mais quand en plus celui-ci est "grand patron", ça fait vraiment flipper.
La question de la capacité d'Arnaud Lagardère à diriger le groupe créé par son père ne manquera pas d'être posée à la suite de cette vidéo. Et ceux qui critiquent la stratégie peu lisible du groupe (à l'instar du tonitruant Guy Wyser-Pratte qui parle de lagardère comme d'un "petit garçon") devraient très rapidement sauter sur l'occasion pour faire réentendre leur voix. A moins qu'ils choisissent de ne pas en rajouter tant Arnaud Lagardère a le chic de se savonner lui-même sa planche.
Et dire que Ramzi Khiroun, qui gère la communication d'Arnaud Lagardère, s'occupe aussi celle de DSK... Décidemment cet homme est maudit et collectionne les énormes casseroles. A moins que ce ne soit un génie qui arrive à faire croire que ses boulets ont du charisme...
13:35 Publié dans A la Une, La Palme, La vidéo qui buzze | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
08 juin 2011
CB revient
Six mois après sa faillitte, CB News revient en kiosques ce matin pour 7,50€. Le groupe de presse belge Dupuis a permis la renaissance du titre sous la forme d'un magazine mensuel et d'un gros dispositif web permanent qui doit être mis en ligne la semaine prochaine.
Ce premier numéro, dont j'aime beaucoup la maquette, revient sur la révolution numérique qui bousculent les médias classiques, devient une source d'information et dicte sa loi aux marques. Mise à part cette publicité affreuse et LOL à la fois, cette relance est réussie et prometteuse !
Evidemment je suis content de retrouver ce magazine dont j'étais lecteur occasionnel avant d'en être salarié, ravi en tant que journaliste de voir un titre renaitre et fier du travail accompli par la quinzaine de personnes (dont je ne fais pas partie) repartie pour celle nouvelle aventure.
Mais je ne peux pas m'empêcher aussi d'avoir une pensée pour la quarantaine d'ex-salariés qui n'ont pas été repris et qui sont toujours à la recherche d'un emploi.
10:42 Publié dans A la Une, In the press | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
06 juin 2011
Affaire DSK: Et si les télés diffusaient carrément les tweets en direct ?
Comme je l'ai écrit au lendemain de la deuxième audition de DSK sur Télérama.fr, l'affaire DSK a révélé à quel point twitter était un média performant pour transmettre en direct une information. Un média bien plus adapté que la télévision, qui rame pour rendre compte de ce qu'il se passe en direct dans une salle qui n'est pas ouverte aux caméras. Pujadas, Ferrari et leurs camarades des chaînes d'info sont obligés de se réferer à twitter, révèlant au grand jour les failles de leur média jadis si puissant.
Aujourd'hui, alors que DSK passait pour la troisiéme fois devant le juge pour confirmer qu'il pladerait non coupable, les télévisions, qui ont cassé leurs antennes pour offrir des éditions spéciales entre 14h30 et 16h00, ont tenté de saméliorer. A plusieurs reprises, France 2 a publié, en surimpression alors qu'en plateau des invités débattaient, des courts messages officiellement issus de "SMS ou messages postés sur les réseaux sociaux" par ses journalistes. Bonne idée si ce n'est qu'il se passait bien 10 minutes entre l'apparition du message à l'ecran et sa publication sur Twitter.
Mais, si les chaînes arrivent à accelérer le procésus de mise à l'antenne de ces messages, elles pourraient alors, elles aussi, entrer dans la course au live tweet. Et ca pourrait être assez interessant de donner plus de raisonnance à cette plateforme quand elle permet de faire vivre le direct. Cette initiative de France 2 (qui n'est pas contraire aux dernières directives du CSA) va donner, j'en suis sûr, des idées aux patrons de chaînes et notamment à Rodolphe Belmer, le boss de canal+ et d'i<télé, plutot retissant à Twitter. Rendez-vous lors du prochain passage de DSK devant le juge, le 18 juillet !
15:52 Publié dans A la Une, Focus, La Palme | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
29 mars 2011
I'm a bobo
Un rebond inattendu. Alors que CB News fermait, on m'a proposé d'écrire un livre sur les bobos. Un récit sur la façon dont on devient bobo ou dont on assume en être un beau specimen. Après les avoir observés depuis un an et demi sur mon autre blog, mon camarade Bixente et moi-même nous sommes enfermés tout l'hiver pour écrire ce Bobos de merde. Le résultat sort le 21 avril prochain dans toutes les bonnes crémeries aux éditions Privé chez Michel Lafon et j'espère qu'il sera plaisant à lire.
17:20 Publié dans A la Une | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
25 janvier 2011
Tombé dans le giron d'Orange, Dailymotion va lancer des offres payantes
L'opérateur télécom Orange a officialisé ce matin le rachat de 49% de Dailymotion pour 58,8 millions d'euros, avec une option pour une prise totale du contrôle du site en 2013 (pour maximum 200 millions d'euros au total). Un prix conséquent mais pas exhorbitant puisque, en 2010, la plateforme de partage de vidéos a enregistré un chiffre d'affaires de 18 millions d'euros (en hausse de 45% sur un an) et serait rentable cette année selon son patron Cédric Tournay.
Avec cet achat qui suit celui, l'été dernier, de 20% de Deezer, Orange entend prouver qu'elle n'est pas seulement un "vendeur de tuyaux" mais un véritable "agrégateur-diffuseur de contenus" selon l'expression de son patron, Stéphane Richard. Pour accroitre la monétisation de Dailymotion, actuellement basé sur un modèle totalement gratuit, ce dernier n'a pas caché "réfléchir au lancement d'offres payantes sur Dailymotion" malgré une hausse importante des recettes publicitaires.
Proposées à tous les abonnés Orange (web et mobile), les offres payantes de Dailymotion devraient proposer un accès illilité et sans publicité aux vidéos. Mais on imagine, surtout, que l'opérateur télécom, qui possède les droits de retransmission du match du samedi soir de Ligue 1 jusqu'en 2012 pour sa chaîne Orange Sports, réfléchit au lancement, en 2013, d'une offre payante de Dailymotion avec des contenus sportifs. D'autant que le site posséde lui aussi des droits de retransmission (NBA, coupe de la Ligue, Ligue 2) et souhaite clairement renforcer sa présence dans le sport, notamment sur le rugby et le football.
Il serait logique de voir les deux entités répondre ensemble au prochain appel d'offre de la Ligue de Football, dont les contours seront révélés prochainement. Ils iraient alors acquérir uniquement les droits web et mobile de la Ligue 1 de football avec une offre puissante et sans réélle concurence. Dailymotion serait alors une sorte de plateforme technique pour Orange et une vitrine sur le web sans commune mesure pour les abonnements.
A noter, que depuis l'arrivée d'Orange à son capital, Deezer a multiplié ses abonnements payants par 50 pour atteindre 500 000 abonnés en cette fin d'année. Une croissance impressionnante en moins de 6 mois qui laisse présager la réussite du tandem Orange/Dailymotion.
11:26 Publié dans A la Une, Le chiffre du jour | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
17 janvier 2011
The Social Network domine les Golden Globes 2011
Meilleur drame, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure musique. Avec 4 prix, le film de David Fincher sur la genèse du site Facebook a tout raflé lors des 68e Golden Globes qui ont eu lieu cette nuit à Los Angeles. De bon augure à quelques jours de la 83e cérémonie des Oscar qui aura lieu le 27 février et dont les nominations seront dévoilées mardi 25 janvier (même si l'année dernière le succés d'Avatar au Golden Globes n'a pas été confirmé aux Oscar). Sans surprise, Natalie Portman (en photo) et Colin Firth sont récompensés pour leur rôles dans Black Swan et dans Le Discours du roi. Boardwalk Empire et Glee ont été plébiscitées dans les catégories série.
Côté français, après trois victoires consécutives dans la catégorie le prix du meilleur film étranger, celui-ci revient au Danemark pour le film In A Better World. On se félicitera de la victoire de Carlos, la fiction télé de Canal+ réalisée par Olivier Assayas, sélectionnée en mai dernier au festival de Cannes, qui décroche le prix de la meilleure fiction.
Voici le plamarès complet des 68e Golden Globes.
Cinéma
Meilleur drame: The Social Network de David Fincher
Meilleure comédie: Tout va bien, the kids are all right de Lisa Cholodenko
Meilleur réalisateur: David Fincher pour The Social Network
Meilleure actrice dans un drame: Natalie Portman dans Black Swan
Meilleur acteur dans un drame: Colin Firth dans Le Discours d'un roi
Meilleure actrice dans une comédie: Annette Bening dans Tout va bien, the kids are all right
Meilleur acteur dans une comédie: Paul Giamatti dans Barney's Version
Meilleure actrice dans un second rôle: Melissa Leo dans The Fighter
Meilleur acteur dans un second rôle: Christian Bale dans The Fighter
Meilleur film d'animation: Toy Story 3
Meilleur film étranger: In A Better World (Danemark)
Meilleur scénario: Aaron Sorkin pour The Social Network
Meilleure musique: Trent Reznor and Atticus Ross pour The Social Network
Meilleure chanson: "You Haven't Seen The Last Of Me" par Cher (Burlesque, ci-dessous)
Séries / Fictions TV
Meilleure série dramatique: Boardwalk Empire (HBO)
Meilleure série comique: Glee (Fox)
Meilleure actrice dans une série dramatique: Katey Sagal dans Sons of Anarchy
Meilleur acteur dans une série dramatique: Steve Buscemi dans Boardwalk Empire
Meilleure actrice dans une série comique: Laura Linney dans The Big C
Meilleur acteur dans une série comique: Jim Parsons dans The Big Bang Theory
Meilleure mini-série: Carlos (Sundance)
Meilleure actrice dans un téléfilm: Claire Danes dans Temple Grandin
Meilleur acteur dans un téléfilm: Al Pacino dans You Don't Know Jack
Meilleure actrice dans un second rôle: Jane Lynch dans Glee
Meilleur acteur dans un second rôle: Chris Colfer dans Glee
09:57 Publié dans A la Une, La Palme, Le chiffre du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
14 janvier 2011
Rencontre avec les repreneurs du Monde
Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse veulent que le groupe le Monde redevienne rentable.
Affluence record à l'association des journalistes médias (AJM). Assez compréhensible puisque, ce midi nous avons reçu Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse, les trois nouveaux actionnaires du groupe le Monde, et Louis Dreyfus, le président du directoire du groupe. A ma connaissance, les BNP (comme on les appelle) n'avaient jamais été réunis publiquement autour d'une même table pour parler de l'avenir du quotidien, des sites internet du Monde Interactif mais aussi de Télérama, de Courrier International, etc.
Les yeux rivés sur leurs iPhones - où ils vérifiaient ce que nous retranscrivions sur Twitter (voir ici) -, le quatuor a détaillé sa stratégie. En gros, ils veulent faire renouer le groupe avec les bénéfices afin de ne plus être dépendants des aides publiques ou des investissements des actionnaires du journal.
Relance éditoriale et guerre aux coûts
Pour cela, la direction entend d'abord rebâtir l'offre éditoriale des titres. La refonte du quotidien sera confiée au nouveau directeur de la rédaction qui est en train d'être recruté mais les BNP aimeraient toutefois repenser le numéro du week-end, augmenter la place de l'économie, de l'investigation et du sport dans les colonnes du Monde. Par ailleurs, Pierre Bergé a promis que Le Monde n'aurait pas de "position officielle pour la présidentielle 2012". D'abord, parce que les trois actionnaires, tous de gauche, ne tomberaient pas forcement d'accord sur le candidat à soutenir et que cela ferait baisser la diffusion du journal. La pub va être relancée en misant sur les couplages entre les différentes entités du groupe (presse quot', magazines et internet) afin de gagner en puissance. Dernière objectif: augmenter les recettes issues du web qui ne représentent que 5% du chiffre d'affaires total alors que lemonde.fr est un des sites d'actualité les plus visités de France.
Autre dimension de cette reprise: une large réduction des coûts. "Le titre vit comme s'il générait 700 millions d'euros de chiffre d'affaires annuels alors qu'en 2010 nous étions en-deçà des 400 M€", a déploré Louis Dreyfus. Mais le groupe ne prévoit pas pour autant de plan de départs mais préconise une gestion plus rigoureuse du quotidien. Les coûts de fonctionnement vont être réduits en regroupant toutes les équipes au sein d'un même immeuble, "plus central". Ce déménagement devrait permettre d'abaisser le loyer de 9M€ et de faire des économies de frais généraux. Autre exemple, un château, propriété de la branche magazine, a été vendu dès l'arrivée du trio. Mais ce pragmatisme de gestion ne suffira pas. Le groupe doit régler le lourd et couteux modèle économique de son impression qui parait beaucoup plus fondamental que les mesurettes énoncées précédemment. La direction réfléchit d'ailleurs à la question de sa parution le soir et aimerait que le Monde soit distribué dans la France entière au même moment.
Etablir des synergies entre Le Monde et Télérama
Sinon, le trio souhaite renforcer les liens entre des entités qui se sont souvent disputés par le passé et insérer un "esprit de groupe". Ainsi le futur dirigeant de Télérama, dont le recrutement est en cours, participera activement à la refonte du numéro du week-end du Monde, vendu avec le Monde Magazine. Les équipes du Monde interactif aideront Télérama à repenser son offre numérique et, partout, les salariés du web seront rapprochées de ceux du papier. LePost.fr, qui a perdu "significativement plus d'un million d'euros en 2010", devra trouver le moyen d'être rentable ou sera vendu. Mais les BNP ont indiqué qu'ils n'avaient absolument pas l'intention de réinvestir dans d'autres titres (donc ils ne sont pas intéressés par La Tribune) afin de se concentrer sur ceux déjà présents dans le groupe et garantissent que Télérama puisse réinvestir un tiers de ses propres bénéfices pour se développer.
Sinon Pierre Bergé n'a pas pu s'empêcher de balancer sur la concurrence. "La différence entre Edouard de Rothschild (le propriétaire de Libération, ndlr) et nous est qu'il n'avait jamais lu Libé avant de l'acheter". Une pique qui montre bien à quel point les nouveaux propriétaires du Monde ont déjà enfilé leurs costumes de patron de presse. Mon sentiment à l'issue de ce déjeuner est que les BNP maitrisent parfaitement leur dossier. Ils n'ont pas clairement pas racheté le Monde pour gagner de l'influence. Ou pas uniquement en tout cas. Même si les défis sont énormes (voire insubmersibles pour les pessimistes), ils sont activement aux manettes pour faire sortir le groupe de la zone de turbulence qu'il traverse depuis plusieurs années. A eux de montrer maintenant qu'en plus d'avoir sauvé le journal de la faillite ils sauront trouver la recette miracle pour pérenniser son activité.
18:23 Publié dans A la Une, La phrase qui tue, Le chiffre du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : presse, le monde
Diversification payante pour Libération
Dans son numéro daté du 31 décembre dernier, Laurent Joffrin, alors encore patron du quotidien Libération, se félicitait d'avoir "franchi une importante étape sur la voie du redressement et de la pérennisation" de son journal. Il annonçait une diffusion OJD en hausse de 3% en 2010 par rapport à 2009 grâce à une nouvelle formule plus que réussie. Il écrivait que le marché publicitaire avait "bien tenu en 2010" et devait permettre à Libération de terminer l'année 2010 avec un "résultat net positif". "Le Budget 2011 sera lui aussi présenté en équilibre", indiquait-il dans une pleine page d'auto-promo.
Les deux livres illustrés sortis cette année par Libération ont aussi participé, certes modestement, au redressement des finances du journal. Selon nos informations, Portraits 1994-2009, sorti aux éditions La Table ronde, qui reproduit les meilleures der du journal, s'est vendu à "plus de 20 000 exemplaires" selon la direction dunjournal. Une très belle performance pour un ouvrage sorti juste avant les fêtes de fin d'année. Celui consacré aux Unes, édité au printemps par les éditions de la Martinière a été réimprimé avant Noël. En tout 26 000 exemplaires sont sortis des entrepôts ce qui n'est pas mal non plus.
Comme quoi quand un journal a de bonnes idées pour faire de la diversification intelligente, ca paye !
10:43 Publié dans Le chiffre du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : presse, libération
06 janvier 2011
Robert De Niro président trop tard ?
Un des plus grands acteurs du monde sera en mai prochain le président du jury du festival de Cannes. Même s'il n'y a jamais emporté de prix d'interprétation, il a souvent été applaudi sur la Croisette. Il est d'ailleurs le personnage principal de deux films qui ont emporté la Palme d'or (Taxi Driver de Scorsese en 1976 et Mission de Roland Joffé en 1986) ce qui lui donne une grande légitimité pour présider cette 64e édition.
On a hâte de voir à quoi va ressembler le palmarès cannois de ce grand cinéphilie qui a tourné avec de s cinéastes majeurs (De Palma, Scorsese, Cimino, Coppola, Mann). Mais on peut tout de même regretter que De Niro n'accède à ce poste que bien tardivement alors qu'il ne joue plus que dans de gros navets commerciaux (Mon Beaux-père et moi, par exemple). Contrairement à Sean Penn en 2008 (qui a présidé le jury quelques mois avant son 2e Oscar), les derniers grands films de De Niro datent ... Il faut en effet remonter à la fin des années 90 pour trouver des films interessants comme Jackie Brown de Tarantino en 1997, Casino de Scorsese et Heat de Michael Mann en en 1995. Bref, il aurait mieux vallu qu'il préside le jury à cette époque-là. Désormais aussi enrobé que Jake LaMotta (le boxeur qu'il interprétait dans Raging Bull), il fait moins fantasmer les cinéphiles.
Mais ne nous emballons pas trop vite d'une annonce somme toute très alléchante. L'année dernière le brillant et taré Tim Burton nous avait déçu en attribuant sa palme à Oncle Boonmee, celui qui se souvient deses vies antérieures et le prix d'interprétation féminine à Juliette Binoche. On tirera le bilan de la présidence du grand Robert le 22 mai prochain, jour où il dévoilera son palmarès.
16:36 Publié dans A la Une | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : entrer des mots clefs
31 décembre 2010
Guerre ouverte à INA Global

Entre ces deux là, le torchon n'en finit plus de brûler. Depuis plusieurs semaines les tensions sont vives entre Mathieu Gallet (en haut), le jeune patron de l'INA, et Frédéric Martel (en bas), de 10 ans son ainé, journaliste à France Culture. Tout ça pour une simple histoire de contrat (donc de fric).
Petit retour en arrière. Frédéric Martel a été embauché par l'INA pour lancer INA Global, un grand portail sur les acteurs et les évolutions des industries créatives de part le monde (auquel j'ai l'honneur de très modestement contribuer). Un projet dont Frédéric Martel a imaginé les contours lors de la gestation de son livre sur la culture mainstream. A l'époque, il a démarché différentes institutions en recherche de soutien, notamment financier, et a choisi l'entreprise qui gère les archives audiovisuelles. Le journaliste a donc été embauché pour lancer la plateforme internet, recruter les équipes, et diriger le tout en tant que rédacteur en chef. Lors du lancement du site, le 11 octobre dernier, tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mathieu Gallet, nommé PDG de l'INA quelques semaines auparavant, s'est montré très séduit par le site.
Mais le contrat le Frédéric Martel est arrivé à son terme peu après le lancement. Les négociations pour le renouvellement de son contrat de travail ont été catastrophiques ! La direction de l'INA considère que la gestion courante du site ne nécessite pas un emploi à plein temps. Pour justifier son raisonnement, Mathieu Gallet se base sur des déclarations que lui auraient faites Martel lui-même (et que ce dernier conteste) et explique que le journaliste exerce le reste de la semaine de multiples activités. Du coup, la direction de l'INA a proposé à Martel un CDI en temps partiel ainsi qu'un contrat de consultant, plus en phase avec les finances serrées de l'entreprise publique et avec l'économie d'un site qui ne rapportera jamais d'argent.
Martel a refusé catégoriquement ces offres arguant que diriger un tel site, mobiliser les pigistes et trouver des idées de sujet est un emploi à plein temps. Pour lui il s'agit tout simplement d'un licenciement déguisé. Il explique être la victime d'un ménage orchestré par le nouveau PDG de l'entreprise publique. Pour faire basculer le rapport de force dans son camp, Martel s'appuie sur le droit (s'il refuse les propositions il s'agit d'un licenciement au sens juriridique du terme qui pourrait être requalifié d'abusif par les prud'hommes). Il a fait également jouer ses réseaux, notamment politiques, et fait signer une lettre ouverte à Frédéric Mitterrand par des dizaines de personnalités du monde culturel et médiatique. Des manœuvres qui agacent Mathieu Gallet qui dénonce une campagne de dénigrement envers sa personne.
Aujourd'hui, les deux personnages déplorent la situation et avouent avoir envie que cela s'arrange pour pouvoir continuer à travailler ensemble sur ce projet. Pourtant aucun des deux n'est prêt à la moindre concession. Les relations sont devenues exécrables, et les propos tenus par l'un et l'autre font douter d'une issue constructive à ce conflit d'égo et d'argent ridicule et à vrai dire pathétique.
16:41 Publié dans A la Une, Enquêtes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
11 décembre 2010
Google signe un émouvant bilan de l'année 2010
Difficile pour Google de faire réver les foules. Et pourtant, depuis le début de l'année, le moteur a signé plusieurs publicités jouant sur l'émotion. Après un spot sur Paris diffusé à la télévision américaine en février lors Superbowl, ou celui sur le Nord qui est passé sur TF1 lors de la diffusion de Bienvenue chez les Ch'tis, voilà que le géant de Mountain View passe en revue l'année 2010. Une très belle vidéo de 2'54 qui buzze depuis sa mise en ligne et qui mérite le coup d'oeil. Bon week-end à tous !
11:54 Publié dans La vidéo qui buzze | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
01 décembre 2010
Nous nous sommes tant aimés
09:20 Publié dans A la Une, Le choc des photos | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
29 novembre 2010
Les Ch'tis cassent l'baraque (à frites) sur TF1
Un nouveau record pour le film phénomène de Dany Boon. Hier soir, 14,396 millions de téléspectateurs, soit 51% du public global ont regardé Bienvenue chez les Ch'tis sur TF1, selon Médiamétrie. Un score phénoménal pour la Une qui a réalisé sa troisième meilleure audience de l'année après les matchs de l'équipe de France de football contre le Mexique et l'Uruguay lors de la dernière coupe du monde qui avaient tous les deux passé la barre des 15 millions de téléspectateurs. Il s'agit de la meilleure audience pour un film depuis L'Ours de Jean-Jacques Annaud en 1992 !
TF1 a donc réussi son pari. La chaîne espérait un tel succès et avait mis en place des tarifs publicitaires les plus chers de l'année. Les annonceurs qui avaient répondu présents (et déboursé pas moins de 150 000 pour 30 secondes de réclame) se frottent les mains et attendent déjà la deuxième diffusion du film phénomène.
09:23 Publié dans Le chiffre du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
25 novembre 2010
Mes années CB
Une semaine après sa mise en liquidation judicaire, CB News organise ce soir un enterrement en première classe au VIP Room à Paris.
Je suis entré à CB News en août 2008. J'ai signé ma première brève dans le numéro 979 qui faisait le bilan des Jeux Olympiques de Pékin. C'était ma première expérience de presse écrite après quelques années dans des rédactions web. Une entrée dans la vie pro : finis les stages, les sites "amateurs", le bénévolat de toute sorte et ma formation en apprentissage. Je sortais de mon école de journalisme et j'étais content de découvrir enfin le papier. Car ne nous racontons pas d'histoire : dans le métier - et même si ça change doucement - les journalistes qui travaillent dans la presse imprimée sont toujours mieux considérés que ceux d'internet. C'est idiot mais c'est comme ça.
Je connaissais CB News de nom depuis longtemps et je savais qu'il faisait "référence" même si je ne le lisais qu'occasionellement. Comme tout le monde, j'étais abonné depuis longtemps à la CB Newsletter. Bref, je savais que CB était une marque forte comme on dit maintenant. Et puis il y a Christian Blachas. Dans le monde des médias, il force le respect. Il a inventé le journalisme publicitaire en créant en 1971 Stratégies puis en 1986 CB News avec quelques uns de ses anciens camarades de Strat' avant de lancer Culture Pub l'émission culte de M6 (et désormais NT1). Son analyse compte et je me disais que ce serait instructif de la connaitre au quotidien.
Bref c'est très fier que je suis arrivé à CB News. Je m'étais fait embaucher un peu par hasard. Un mail de candidature spontannée envoyé le bon jour à la bonne personne. Et donc j'étais content. J'ai découvert une ambiance de travail très agréable, décontractée et on me permettait (voire même encourageait) de donner mon avis dans mes articles. Cette liberté de ton de plus en plus rare dans les médias était précieuse et délectable.
En deux ans, je me suis fait doucement une petite place parmi les salariés qui se connaissent tous depuis des années (certains depuis la création du journal). Les filles m'appelaient Chouchou. Et j'ai (enfin je crois) eu un bon feeling avec Blachas que j'aimais bien taquiner. A CB, on peut se moquer gentiment du patriarche. Tout le monde lui fait confiance et du coup on a tendance à s'écraser devant ses choix, fussent-ils critiquables.
Quelques jours après mon arrivée, la banque Lehman Brothers a fait faillite, précipitant le monde dans une grave crise économique. L'activité des entreprises reculant, elles ont diminué leur budgets publicitaires. Les conséquences de cette recession étaient interéssantes à observer dans les médias, moins quand elles concernaient notre titre dont la pagination publicitaire a fondu comme neige au soleil. Mais on comprend que personne n'ait acheté de pages de pub chez nous JUSTE pour nous faire plaisir.
Pendant ce temps une série de décisions abhérentes ont été prises. Et des choses pourtant simples n'ont pas été faites. Le journal a quitté l'OJD (qui certifie les ventes d'un magazine) et le commercial en charge de démarcher les entreprises pour vendre des abonnements n'a pas été remplacé. Cela a entrainé une opactité sur notre diffusion en chute libre qui n'a dupé personne et compliqué le travail des équipes commerciales. Sur internet, nous n'étions ni plus en avance ni plus en retard que d'autres. La newsletter était un des produits les plus rentables du groupe. Twitter, facebook, tout avait été fait début 2009 (seulement !) et plutôt bien animé. Le club CB Web était très apprécié de ses membres et prouvait que CB n'était pas à la ramasse côté web. Mais cela n'a pas suffit pour combler les pertes abyssales du journal.
La faillite de notre entreprise a été prononcée le jeudi 18 novembre 2010. 3 millions d'euros de pertes sur deux ans c'est trop pour un petit groupe comme le nôtre. Blachas a souvent dit n'avoir pas eu l'argent pour faire une enquête de lectorat, licencier quelqu'un ou même financer une campagne d'abonnement... Il a dû se résoudre à faire entrer plusieurs banques au capital pour combler les trous quand les anciens actionnaires ne voulaient pas remettre de l'argent dans la boite. Puis celles-ci ont accepté de remettre au pot à la condition que ce ne soit pas dans ce panier percé de CB News qui s'est retrouvé en cessassion de paiement. Personne n'a voulu reprendre un titre aussi endetté et nécessitant une vaste restructuration...
70 salariés (en comptant les pigistes) sont sur le carreau. Bien sûr aujourd'hui il est facile de refaire CB. De chercher ce qui allait ou pas ce qu'il aurait fallu faire ou pas. De pointer les responsables. Je ne le ferai pas. Toujours est-il que si nous avions fait partie d'un gros groupe nous aurions tenu et les investissements nécéssaires auraient été faits. Je suis triste et un peu amer de la disparition de CB News. Mais je vais quand même afficher un grand sourire (un peu forcé) ce soir pour fêter ça. Pour remercier les équipes de CB de la confiance qu'elles m'ont fait pendant ces deux années et demi et pour toutes les belles rencontres que CB m'a permises de faire.
Illustration Jonathan Z. de Allo Tendance.
17:23 Publié dans Ce soir à la télé | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note












